Le libraire de la favela

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Dans une favela de Rio de Janeiro, le témoignage plein d’espoir d’Otavio : sans jamais baisser les bras, il a toujours cherché à faire partager sa passion de la lecture.

J’aime les livres qui parlent de livres. Les livres sur les bibliothécaires, sur les lecteurs, sur les libraires. Le libraire de la favela s’inscrit dans cette catégorie. Et j’admet ne pas avoir été attirée au premier abord par ce petit roman de 94 pages, qui pourtant m’a gracieusement été offert par l’éditeur. Mais voilà, je me suis lancée et j’ai été agréablement surprise par la qualité du récit, l’art de conter de l’auteur, les illustrations angulaires en contre-plongée et les vignettes en noir et blanc, ainsi que tout le dossier documentaire en fin de livre qui nous informe sur le Brésil et ses bidonvilles, sur la vie de l’auteur et sur les initiatives technologiques et sociales dans les favelas. Tout au long du texte, des notes en bas de page aident le lecteur à comprendre les concepts et les mots qui pourraient lui être inconnus (par exemple: les favelas, la bande dessinée brésilienne Histoires de Monica, la religion mormone, l’auteur pour la jeunesse Monteiro Lobato, l’alcool cachaça, les télénovelas, le bédéiste Ziraldo, etc.)

Ce roman, qui s’ouvre sur un survol historique des bidonvilles en bordure de Rio de Janeiro, capte le lecteur dès les premières phrases:

Tous les Brésiliens qui habitent dans les favelas savent que dans ces quartiers, nous vivons avec la peur et l’angoisse. Mais nous avons aussi un désir immense de dépasser tout cela, de dépasser les idées reçues et le fait d’habiter dans un des quartiers les plus violents de Rio de Janeiro, de dépasser un futur bouché. (p.7)

Alors que la criminalité s’installe dans les bidonvilles brésiliens et que la « guerre de la poudre » (la cocaïne) fait rage, les trafiquants aident financièrement les habitants et leur offre des cadeaux (mais pas de livres pour les enfants!) en échange de respect, loyauté et protection. Malgré la violence et la pauvreté qui l’entoure, Octávio Júnior aime sa vie dans la favela. Il y est libraire et cela lui permet de sensibiliser les membres de sa communauté à la lecture. Conscient que les enfants de son quartier ont une « vision très réduite du monde » (p.11), il souhaite leur transmettre le goût de la lecture qu’il considère être une échappatoire. C’est à travers ses mots qu’il nous raconte son histoire, tel un mémoire ou un conte de fées, et qu’on découvre avec lui la vie qu’il a vécue et comment il est devenu libraire dans un endroit aussi inusité. Octávio Júnior a véritablement existé et c’est fantastique de voir comment une personne seule peut porte un si gros et beau projet dans un environnement aussi difficile.

Ce roman aborde sans grands détours des sujets tels que la violence conjugale, le trafic de drogue, la mort des enfants, analphabétisme fonctionnel, la brutalité policière, la guerre, l’hypersexualisation des filles ou le crime organisé. Il plaira aux adultes, mais également aux enfants matures ayant déjà abordés ces sujets avec un adulte. Malgré quelques longueurs, on lit avec plaisir le récit de ce garçon mordu de lecture, débrouillard et futur libraire inspirant.

Otávio César de Souza Júnior est un écrivain, producteur théâtral, acteur et conteur brésilien.

Otávio César de Souza Júnior

Auteur(s) / illustrateur(s) : Octávio Júnior & André Diniz
Maison d’édition: Éditions Anacaona Bouton acheter petit
Année de publication: 2011
ISBN: 9782918799887
Public cible: 10 à 13 ans
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Je remercie les Éditions Anacaona de m’avoir offert ce livre.

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L’épopée de Soundiata Keïta

ption-*WraŒ0Aion(W¥Œ@üion&W/Tout le savoir et l’art de Dialiba Konaté sont ici réunis pour rendre hommage à celui qui fut autrefois, au clair pays de la savane, le fondateur de l’empire du Mali (ou Mandingue) : Soundiata Keïta. Retraçant les étapes de ce destin hors du commun, ces dessins, exécutés selon différentes techniques originales, forment une œuvre considérable patiemment construite depuis plus de quarante ans. Dialiba Konaté rejoint ainsi la préoccupation des griots et des sages généalogistes : que la mémoire du passé reste vive pour construire le présent.

Mon avis

Voilà un livre grand format superbe et magnifiquement illustré. Ce récit épique relate la fondation de l’empire du Mali au 13ème siècle. Tout simplement magnifique.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Dialiba Konaté
Maison d’édition: Seuil Jeunesse
Année de publication: 2002
ISBN: 2020556065
Public cible: 9 à 13 ans

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L’arbre aux fruits amers

1arbre-aux-fruits-amers930. Dans le sud profond d’une Amérique toujours ségrégationniste, James Cameron, adolescent noir sans histoire, vit avec sa mère à Marion, une petite ville de l’Indiana. Entraîné par deux amis, Tommy et Abel, il prend part à un braquage qui tourne au drame. Les trois amis sont arrêtés. Ameutée par le Ku Klux Klan, une foule blanche crie vengeance et envahit la prison…

Les évènements qui servent de toile de fond à ce roman sont authentiques. Ils ont inspiré le poète Abel Meeropol qui écrivit en 1937 Strange Fruit (Fruit amer), magnifique poème interprété plus tard par la chanteuse afro-américaine Billie Holiday et connu dans le monde entier.

Ce roman m’a accroché dès les premières pages et j’ai eu du mal à le laisser de côté. La plume de Wlodarczyk est fluide, précise, franche. Un style qui se marie parfaitement bien au propos du livre qui aborde racisme et violence avec honnêteté. Même s’il s’agit d’un livre pour enfants, l’auteur n’hésite pas à parler de manière crue et sans détour du Ku Klux Klan et des pendaisons tout au long du récit. Le tout est assez dur, on espère y apercevoir une parcelle d’espoir, mais celle-ci n’arrive pas. Car même si Cameron vit par sortir de prison, il a tout de même été injustement traité, été victime de racisme, été lynché, été pendu – pis encore, il a survécu à sa pendaison – et on sait que bien d’autres Noirs de l’époque ont connu la même chose sinon pire.

L’arbre aux fruits amers est un récit court et intense qui se clôt avec un dossier historique complet sur l’esclavage, la ségrégation, les lynchages et le mouvement des droits civiques.

Hudson se retint pour ne pas lui cracher au visage. Il était hors de lui. À ses yeux, James était un traîte à la cause. Un de ces fils de putain qui pourrissaient les quartiers noirs. Aux yeux de James, Hudson était un oncle Tom, un de ces Noirs investis dans la cause blanche pour se blanchir soi-même. Deux logiques noires plus éloignées l’une de l’autre que les Blancs et les Noirs entre eux.

Coup de cœur !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Isabelle Wlodarczyk
Maison d’édition: Oskar Jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 2012
ISBN: 9782350009735
Public cible: 13 ans et plus
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The Boondocks: Parce que je sais que tu ne lis pas le journal

boondocksCréée sur Internet en 1996, puis reprise dans un magazine étudiant, la série BOONDOCKS (littéralement: « quartier ennuyeux ») a mis moins de cinq ans pour conquérir les lecteurs de plus de 250 magazines et quotidiens américains. Les personnages d’Aaron McGruder consacrent l’irruption de la culture hip-hop dans le monde de la BD. Aucun sujet n’est passé sous silence: racisme, préjugés des noirs à l’égard des blancs, violence, drogue, lutte contre le terrorisme, fausses idées des blancs à l’encontre des noirs, problèmes d’éducation… Évitant toute complaisance, Aaron McGruder fait sauter tous les garde-fous de la bien-pensante!

Mon avis

Je fais une petite exception pour cette BD, qui s’adresse surtout aux adultes, mais qui peut être lue dès l’âge de 13 ans, car je voulais absolument la présenter sur ce blog. Riley, 8 ans, est rebelle et admire l’univers des gangs de rue et de la culture gangsta rap. Son grand frère, Huey, s’intéresse plutôt au Black Power, à la lutte contre le racisme et à la justice sociale. Les deux garçons quittent leur ville natale de Chicago pour déménager à Woodcrest, une banlieue ennuyante et blanche parce que leur grand-père, avec qui ils vivent, souhaite une vie tranquille pour sa retraite.

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La BD se présente comme une série de strips, à l’origine publié dans un journal. Le ton est parfois hilarant, souvent irrévérencieux. Riley et Huey, malgré leur jeune âge, parlent de tout, même si leurs opinions peuvent offenser. Cette version publiée chez Dargaud permet aux francophones de connaître la série, dont il existe une série télé non traduite en français (voir vidéo ci-bas). Les personnages sont des archétypes des différentes manières dont l’identité afro-américaine se présente; dans chaque personnage on peut reconnaître une personne que l’on connaît. Le grand-père, qui a vécu plusieurs évènements clés du mouvement des droits civiques; Thomas Dubois, le voisin coincé ayant professionnellement réussi dont le comportement rappelle celui d’un homme blanc de la haute société; Jazzmine, une naïve enfant métisse qui tente désespérément de nier son identité noire; et oncle Ruckus, un afro-américain qui idolâtre la culture esclavagiste (pour ne nommer que ceux là).

The Boondocks a le mérite de dire tout haut ce que bien des gens n’osent pas dire même tout bas. Aaron McGruder donne une voix sans complexe à la communauté afro-américaine et ne tente pas de plaire à la majorité. Pour cela, je lui lève mon chapeau.

Auteur(s) / illustrateur(s) : McGruder, Aaron
Maison d’édition: Éditions Dargaud
Année de publication: 2003
ISBN: 2871294542
Public cible: 13 ans et plus

Aaron McGruder est un auteur afro-américain.

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Ayanda: La petite fille qui ne voulait pas grandir

ayanda fille grandirAyanda était une petite fille heureuse, toujours souriante. Un jour, une guerre terrible éclata. Une guerre insensée. Son papa, si doux, si gentil, fut forcé d’aller se battre. Il ne revint jamais. Le cœur d’Ayanda fut brisé. Son chagrin se transforma en colère, elle décida alors d´arrêter de grandir.

Dans cet album tout en poésie, on découvre le chagrin d’une petite fille jadis pleine d’entrain face à la guerre. Refuser de grandir pour ne pas devenir comme les adultes imparfaits que tous deviendront un jour, c’est symboliquement très fort. Refuser le système. Refuser les attentes qui nous enferment dans un moule. Refuser la guerre, les conflits. Et peut-être aussi, refuser de comprendre la guerre, car elle est incompréhensible; toute démarche pour tenter de la justifier est vaine. Ayanda refuse d’entendre tout ça. Ayanda veut rester simplement Ayanda, heureuse, souriante, dans un monde beau et rassurant. Le récit de Véronique Tadjo aborde avec délicatesse et justesse le désenchantement que vivront tous les enfants, à un âge plus ou moins précoce. Les illustrations de Bertrand sont un plaisir pour l’imagination et les tons ocres et couleurs chaudes donnent une chaleur inattendue à l’album. J’ai adoré la manière dont il a allongé les torses et les membres des personnages; cela donne beaucoup de dynamisme aux illustrations. Et cette image sublime où la famille de Ayanda devenue géante tente de la faire littéralement rentrer chez elle, ses pieds dépassant inlassablement de la porte d’entrée…

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Les thèmes abordés sont durs, les images aussi. On fait explicitement référence à la guerre, à la mort, au deuil, à la cruauté. Les illustrations montrent des armes, des chars d’assaut militaires, la peur et la détresse sur les visages des personnages. Le père de Ayanda meurt à la guerre. Sa grand-mère meurt peu après de vieillesse. Sa mère est fortement malade et hospitalisée. Ayanda, réalisant qu’elle doit désormais s’occuper de son petit frère seule, décide de se laisser grandir, jusqu’à devenir une géante… On reproche à Ayanda-petite qu’aucun homme ne voudra l’épouser si elle refuse de grandir, mais Ayanda s’en soucie peu. On reproche à Ayanda-géante qu’elle ne trouvera jamais un mari à sa taille, mais ça lui est égal. Car Ayanda est une femme qui lutte. Elle lutte contre les oppressions, contre les massacres de la guerre, contre les attentes réductrices que la société a envers elle… Elle va même jusqu’à affronter, sans armes, des agresseurs armés pour sauver son village. Une femme forte, vous dites? J’ai A-DO-RÉ cet album, quel petit bijou de littérature.

Cet album serait parfait pour le cours d’éthique et culture religieuse, de morale, de philosophie ou de formation personnelle et sociale au niveau scolaire pour des élèves de 10-11-12 ans. Détrompez-vous; les albums d’images ne sont pas que destinés à la petite enfance! Enseignants et instituteurs, utilisez cet album en classe et questionnez vos élèves sur le sens de la guerre, sur le deuil, sur la perte de l’enfance; vous serez étonnés que même si jeunes, ils sont capables de développer un esprit critique.

Coup de cœur !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Véronique Tadjo & Bertrand Dubois
Maison d’édition: Actes Sud Junior Bouton acheter petit
Année de publication: 2007
ISBN: 9782742769995
Public cible: 7 à 11 ans
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Véronique Tadjo est une auteure franco-ivoirienne.

véronique Tadjo

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Martin Luther King: Défenseur des droits civiques

martin BDEnfin en bandes dessinées la vie de Martin Luther King, l’homme qui a changé l’Amérique.

La bande dessinée ne narrait pas l’histoire. Au lieu d’utiliser l’action et les péripéties pour faire avancer l’histoire, cette bande dessinée comptait uniquement sur les cartouches (sorte de voix off du récit) pour relater des brides d’évènements. Ceci constitue une grande déception pour moi qui espérais m’immerger un peu plus dans les années 60 de vignette en vignette. Dommage. Un livre certainement informatif (présence de dossiers documentaires en début et fin de live), mais pas à la hauteur de certaines biographies sous format BD que j’ai lues avant celle-ci. Je n’ai pas vraiment aimé, mais je peux comprendre l’utilité de sortir en version BD jeunesse l’histoire de Martin Luther King. Peut être utile; à vous de juger.

Un livre jeunesse pour souligner le Mois de l’Histoire des Noirs

Auteur(s) / illustrateur(s) : Gary Jeffrey & Chris Forsey
Maison d’édition: Oskar Jeunesse
Année de publication: 2007
ISBN: 98235000610
Public cible: À partir de 10 ans

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Le bus de Rosa

bus de rosaDetroit, le musée des Transports. Assis dans un vieux bus, un vieil homme noir raconte à son petit-fils la ségrégation raciale dans l’Amérique de sa jeunesse : à l’école, dans les bars, dans le bus. Il lui raconte aussi comment, le 1er décembre 1955, une femme, Rosa Parks, refusa de céder sa place dans le bus à un Blanc, lançant le mouvement pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis. Une histoire que le grand-père connaît bien : il se trouvait lui aussi dans le bus, ce jour-là. Assis à côté de Rosa. Mais il n’a pas eu son courage…

Comment parler de l’histoire ségrégationniste des États-Unis aux enfants? Comment leur parler des conflits raciaux? Du Ku Klux Klan? Des droits civiques? De Rosa Parks? De Martin Luther King? L’un de mes moyens privilégiés pour le faire est via les livres. La littérature jeunesse regorge de petits bijoux qui permettent d’entamer une discussion sur le racisme avec les enfants et ce, de manière adaptée à leur niveau. Le Bus de Rosa retrace un pan de l’histoire américaine via une histoire fictive, parfait pour les 8 ans et plus. À lire!

Coup de cœur !

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Un livre jeunesse pour souligner le Mois de l’Histoire des Noirs.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Fabrizio Silei & Maurizio A.C. Quarello
Maison d’édition: Éditions Sarbacane
Année de publication: 2011 Bouton acheter petit
ISBN: 9782848654706
Public cible: 8 à 14 ans.

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