Mandela et Nelson

Nelson et mandelaPlus que trois jours avant le match contre les Allemands. C’est la première fois que l’équipe de foot de Bagamoyo, Tanzanie, va rencontrer une équipe européenne, avec des maillots et tout le grand jeu. En tant que capitaine, Nelson doit encore remettre le terrain en état, trouver des filets pour les buts et réunir tous les joueurs. Parmi eux, il y a Mandela, sa sœur jumelle, imbattable en défense. Leur père les a ainsi baptisés car ils sont nés le 9 mai 1994, le jour où Nelson Mandela est devenu le premier président noir d’Afrique du Sud. Mandela est très différente de Nelson. Elle se mêle toujours de tout et se bagarre à la moindre occasion. Mais dès qu’il est question de football, Nelson peut compter sur elle.

Je ne suis pas adepte de soccer. Heureusement, ce roman de 191 pages signé Hermann Schulz met en scène des personnages forts qu’on se plaît à découvrir, peu importe si ce sport nous intéresse ou pas. En prologue, il y a une liste des personnages de l’histoire, des lieux où celle-ci se déroule, ainsi que quelques mots courants en kiswahili. On y apprend notamment que « Mzungu » est un mot qui désigne tous les blancs, mais qui veut aussi dire « ceux qui ne comprennent rien » ! C’est Nelson qui raconte l’histoire et je n’ai pas senti l’adulte derrière ses mots; l’auteur parvient à se faire oublier et à laisser vivre et évoluer tous ses personnages librement.

Nelson est un garçon calme, alors que sa jumelle Mandela aime se bagarrer, papoter longuement et être au centre de l’attention. Leur père est analphabète et perd son emploi tôt dans l’histoire. Les villes où se déroulent l’histoire sont clairement nommées : Kikoka, Mlingotini, etc. (l’auteur ne se contente pas de parler de l’Afrique comme un tout homogène). L’équipe allemande est perçue par les jeunes joueurs de l’équipe de Nelson comme étant de « vrais joueurs », équipés de souliers et d’équipement spécialisés, alors qu’eux jouent pieds nus avec un ballon rafistolé sur des terrains vagues. Tout au long de ma lecture, j’attendais avec impatience le grand jour, le jour du match opposant l’équipe de Nelson et Mandela aux Allemands. Et même si c’est un homme blanc qui fait parler des personnages noirs, l’accent est mis sur le sport et les personnages sont présentés comme étant maîtres de leur destin, même s’ils sont conscients d’être moins privilégiés que les occidentaux. En somme, ce roman est bien écrit et intéressant, mais plaira surtout aux amateurs de sport. Une histoire réaliste et bien racontée !

« Je me tus. Dans notre équipe, il n’y en avait pas un seul qui soit dans une situation vraiment brillante. La majorité d’entre nous avaient du mal à se procurer des cahiers et des crayons pour l’école et dormaient par terre dans un coin de leur maison. Mais c’était particulièrement dur pour Saïd, avec son père malade et ses cinq frères et sœurs. Je n’aurais jamais imaginé que ce grand gaillard de Kassim se faisait du souci pour lui.  » (p.125)

* Prix Sorcières 2012

Auteur(s) / illustrateur(s) : Christian Robinson & Matt De La Peña
Maison d’édition: L’école des loisirsBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782211204415
Public cible: 8 à 11 ans
Vous aimerez peut-être: Bernabé est amoureux, un roman pour les 7 à 10 ans.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Publicités

André a la peau noire

andré peau noireC’était une journée récompense à l’école de Félix. Félix et son ami André sont heureux que leur classe ait récolté assez de points au cours des derniers mois pour mériter cette activité spéciale. Les élèves ont choisi de faire de la balle molle. Alors que les enfants forment les équipes, Félix propose à sa capitaine Léa de choisir André, qui est très fort en ce sport. Mais Léa refuse catégoriquement: « Beurk! Pas question que je choisisse André. Il est noir. Je ne veux pas de Noir dans mon équipe. » Comment Félix et ses camarades de classe réagiront-il au racisme de Léa?

Il y a quelques mois, j’ai fait une revue d’un autre titre de la collection Escalire sur ce blog. André a la peau noire s’adresse à un lectorat avancé (3ème ou 4ème année du primaire). Ce petit roman de 24 pages et de 1147 mots présente occasionnellement des phrases s’étalant sur plus d’une page, un vocabulaire plus difficile et des variations dans les modes et les temps de conjugaison dans une même phrase. De plus, la relation texte-image est plus complexe; il y a notamment la présence d’éléments graphiques comportant du texte complémentaire au texte principal.

J’ai eu un malaise tout au long de la lecture de ce livre et ce, pour deux raisons principales. D’une part, parce qu’il simplifie à l’extrême ce qu’est le racisme. D’autre part, parce qu’il parle de racisme sans vraiment mettre de l’avant la personne racisée qui la subit.

D’abord, on nous présente le racisme comme étant le fait de rejeter explicitement quelqu’un à cause de sa couleur de peau. C’est parce que André est Noir que Léa ne veut pas jouer avec lui. Or, aujourd’hui, le racisme ne se présente pas ainsi. Aujourd’hui, le racisme est beaucoup plus subtil et complexe: micro-agressions, marginalisation, absence de privilège, inégalité des chances, racisme systémique, etc. Le racisme d’aujourd’hui est ordinaire, il est insidieux, présent dans la vie de tous les jours. Il est aussi souvent perpétré par des gens bien-intentionnés. Rien à voir avec « Tu es Noir, donc je ne joue pas avec toi. » Des enfants de 3ème et 4ème année du primaire sont capables d’aborder ces sujets. Pourtant, ce livre perpétue cette idée fausse que le racisme se limite aux insultes criées à tue-tête et aux groupes suprémacistes. Que les gens racistes sont mauvais et que les gens non-racistes sont bons, alors qu’il est clair que même les gens bons, ouverts d’esprit, progressifs, éduqués et bien intentionnés peuvent exhiber (intentionnellement ou non) des comportements racistes. Ce discours montre aux enfants que le racisme est un problème que seules les mauvaises personnes ont, plutôt qu’un système qui nous implique tous. Je le répète, les enfants de 8-9 ans, lectorat cible de ce livre, sont assez matures pour aborder ces sujets. En page 1, il y a Léa qui lit un livre en classe dont le titre est « Mon combat » (Référence au livre d’Adolf Hitler). Malaise. Comme s’il était nécessaire d’en rajouter une couche.

Ensuite, à la lecture du livre, j’étais à la fois heureuse que Félix défende son ami et déçue qu’André ne s’affirme pas davantage. Nous avons tous des réactions différentes face au racisme: colère, rejet, honte, tristesse… Certains bouillonnent et éclatent alors que d’autres se replient sur eux-mêmes. C’est compréhensible, mais compte tenu qu’il s’agit d’une histoire inventée, il aurait été bien qu’on ne nous serve pas encore la recette du sauveur Blanc qui part à la rescousse de personnes racisées sans défense, comme ça se fait souvent en littérature et au cinéma. En fait, on nous raconte l’histoire de Félix-et-comment-il-a-condamné-publiquement-le-racisme-de-sa-camarade-de-classe, et non l’histoire d’André-dont-la-journée-a-été gâchée-par-le-comportement-de-sa-camarade. J’ai besoin davantage de d’histoires racontées du point de vue de personnes Noires. Que nos voix soient entendues. Que notre vision des choses soit reconnue. En littérature jeunesse et ailleurs. Pour moi, pour les enfants de mon entourage, pour les enfants Noirs et pour les enfants qui ne sont pas d’origine afro-caribéenne. Pour tous!

Finalement, André a la peau noire aborde une problématique sociale et culturelle délicate, mais n’offre qu’un début de pistes de réflexion au lecteur. En troisième de couverture, 6 questions à répondre par oui ou par non sont posées au lecteur, notamment « T’est-il déjà arrivé de te sentir rejeté? », « As-tu des amis qui ne sont pas de la même nationalité que toi? » et « Aurais-tu défendu André, si tu avais été présent ce jour-là? » Je suggère donc une lecture accompagnée par un adulte.

Auteur(s): Simon Tobin, Dannie Pomerleau
Illustrateur(s) : Oana Vaida, Oana Cocheci & Anna Benczedi
Maison d’édition: Les Éditions Passe-Temps Bouton acheter petit
Année de publication: 2014
ISBN: 9782896307234
Public cible: 8 à 10 ans

Vous aimerez peut-être: Peau noire, peau blanche, un livre d’images qui pousse la réflexion un peu plus loin.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Ça joue vite et ça joue bien!

ca-joue-vite-et-ca-joue-bienÇa joue vite et ça joue bien ! est un livre tout petit et court qui raconte le déroulement rocambolesque d’un match de soccer. Le récit se déroule sur tout au plus une ou deux minutes. Mais quel plaisir de lire cette histoire et de prendre la voix sérieuse et enjouée d’un commentateur sportif! Ce livre a quelque chose de magique. Il offre tant de pistes d’exploitation ludiques ou pédagogiques:

– Il développe le vocabulaire de l’enfant en lien avec le soccer (ballon, but, remise en jeu, terrain, équipe, gradins, etc.)
– Il aide l’enfant à prendre conscience des diverses parties du corps
– Il apprend à l’enfant à nommer les parties précises de son corps (genou, coude, hanche, pied, talon, cuisse, dos, épaule, mollet, etc.)
– Il montre à l’enfant qu’il existe plusieurs verbes d’action (propulse, renvoyer, frapper, rebondir, accélérer, ricocher, etc.)
– Il apprend à l’enfant à déchiffrer les moments séquentiels d’une action (ex.: d’abord le coup d’épaule, ensuite le coup de hanche)… si bien que cet enchaînement improbable se solde en un buuuuuuut grandiose!

On ne s’ennuie pas même en lisant le livre plusieurs fois: La page de garde, faite d’un terrain de soccer, nous permet de jouer notre propre match avec nos doigts; chaque joueur a son numéro et son nom, on peut s’amuser à les chercher et à répéter leur contribution à la mise au jeu à la page 21; on peut inventer des histoires à chacun des personnages dans les gradins… Le livre utilise la répétition, mais le rythme est soutenu, il accélère, on frémit, on frissonne. J’ai adoré le ton pris par l’auteur, les mots choisis qui captent si bien l’attente impatiente d’une passe bien faite, les temps morts d’un ballon qui roule doucement sur le terrain, l’esprit d’équipe, l’excitation d’un tir au but… Et c’était drôle et « voir le tout au ralenti », donnant l’occasion à l’illustratrice de faire des petites cases à la manière d’une bande dessinée, le tout, sans texte, comme si c’était un vidéo.

À noter que les équipes sont mixtes et que garçons et filles ont autant de talent: exit le sexisme dans le sport! Le livre montre en outre plusieurs personnages non-blancs de manière positive. Un livre vraiment, vraiment bien, croyez-moi.

ca-joue-vite-et-ca-joue-bien-2

Auteur(s) / illustrateur(s) : Richard Marnier & Aude Maurel
Maison d’édition: Frimousse Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782352412755
Public cible: 3 à 7 ans
Vous aimerez peut-être: L’Orange, folle de foot, une histoire sur le soccer qui se déroule en Afrique.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

L’orange, folle de foot

orange, folle footBangaly, perché sur une branche de baobab espère qu’un beau ballon de football tombera du ciel. Dans son petit village de Balandou, il pourrait jouer aussi bien que les grands champions qui s’affrontent là-bas, dans la capitale, à Conakry.

Quel beau livre jeunesse! Pas de ballon pour jouer? Pas de problème! Avec un peu d’imagination, le village se transforme en stade de soccer (« foot ») en pleine capitale. Et c’est le buuuuuuuuuuuttttt! Pour tous les enfants amateurs de sport.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Yves Pinguilly, Sarang Seck & Florence Koenig
Maison d’édition: Éditions Ganndal, Le Sablier Éditions
Année de publication: 2007
ISBN: 291332682X
Public cible: 4 à 6 ans

Vous aimerez peut-être: Arno et son ballon, une histoire sur le soccer.

Sarang Seck est une auteure Guinéenne

sarang seck

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Queen of the scene

queen sceneThis ruler of the playground has got game. B-ball, stickball, jump rope, soccer—there’s nothing she won’t try. And watch out, boys, because she’s representing all the girls, and the Queen has girl power to the max!

I absolutely loved this book. What a nice message to give out to our children: when you fall, get up and try again. Be proud. The illustrations are very dynamic. The accompanying CD is great too! The book is read over a hip-hop beat and rapped. This might just be the new anthem of my family’s little ones. Highly recommended!

Author(s) / illustrator(s) : Queen Latifah & Frank Morrison
Publisher: Harper Collins Publishers
Publication date: 2006
ISBN: 9780060778569
Target audience: 4 years old and over

❤ this book!

You might also like: J’ai le rythme dans la peau! .

Learn more about author Queen Latifah, also actress and rapper

Queen Latifah poses for photographers at the BB King Blues Club & Grill while she holds a casting call to find next CoverGirl on January 29, 2007 in New York City. Photo by Gerald Holubowicz/ABACAUSA.COM (Pictured: Queen Latifah) [Photo via Newscom] krtabacaphotoslive186599_ABACA_A35901_010.JPG (Newscom TagID: krtabacaphotoslive186599) [Photo via Newscom]

Did you read this book to a child? Share your experience in the comments!

Aujourd’hui au Sénégal

aujourd'hui sénégalBocar habite à Pikine, dans la banlieue de Dakar, et prépare en famille le mariage de sa soeur. Le récit de ses rêves et de ses émotions au fil des jours nous fait découvrir le Sénégal d’aujourd’hui. De nombreux volets à soulever et un superbe dépliant panoramique de quatre pages orne le point milieu du livre. À chaque page, une mine d’information documentaires (la cuisine, la famille, le ramadan…) répondent aux questions des enfants.

Au musée, nous avons appris le rôle très important que jouaient les femmes dans la société traditionnelle. M. Ndiaye nous a aussi parlé des femmes signares, ces Sénégalaises de l’époque des colonies qui se mariaient avec des Français. (p.23)

On en apprend beaucoup sur le Sénégal dans ce livre documentaire destiné aux enfants. Le mode de vie, les différentes ethnies peuplant le pays, les traditions, etc. Tout au long du livre, nous lisons le journal d’un jeune garçon toucouleur nommé Bocar vivant en banlieue de Dakar. Le ton est approprié pour les enfants et ils aimeront sans doute le format épistolaire du livre, qui rend la lecture facile et proche de la fiction. De nombreuses capsules d’information accompagnent le texte principal, traitant notamment de la nourriture, l’école, les croyances, la beauté et élégance, l’eau et l’électricité, ou le statut de la femme au Sénégal. Chaque entrée du journal de Bocar est une occasion d’en savoir plus sur la vie au Sénégal et on fini par se sentir très proche du personage principal (on partage ses joies, ses peines et ses déceptions). De nombreuses illustrations enjolivent le tout et cassent le texte parfois dense. Parfait pour l’enfant curieux ou celui qui doit se documenter sur ce pays pour un travail d’école (oral, recherche, etc.)

L’écrivain sénégalais Léopold Sédar Senghor et le poète antillais Aimé Césaire lancent le mouvement de la négritude à Paris en 1939. Ce mouvement intellectuel […] tendait à restaurer l’identité culturelle noire. (p.21)

Auteur(s) / illustrateur(s) : Fabrice Hervieu-Wane, Aurélia Fronty & Florent Silloray
Maison d’édition: Gallimard Jeunesse
Année de publication: 2005
ISBN: 2070501566
Public cible: 9 à 13 ans

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Arno et son ballon

arnoArno a un ballon tout neuf. Il ne veut surtout pas le salir ni l’abîmer, ses parents en seraient très fâchés. Pourtant, grâce à son ballon, Arno va rencontrer des amis, avec lesquels il va vivre le plus fabuleux des matchs de football!

Une belle histoire sur l’amitié ou le nouvel ami d’Arno est un personnage noir, sympathique comme tout, qui, bon joueur, offre son chandail à la fin d’un épique match de soccer. Les personnages noirs en littérature jeunesse étant relativement rares, et j’ai un faible pour les histoires où le meilleur ami d’un personnage blanc est une personne d’origine africaine ou caribéenne. Ses histoires créent un pont entre deux univers et démontrent comment les relations humaines, surtout chez les jeunes enfants, sont dénués de tensions raciales. Le livre d’Yvonne Jagtenberg est une histoire agréable à lire, aux illustrations lumineuses et au texte ponctué de ritournelles. Une belle découverte!

Auteur(s) / illustrateur(s) : Yvonne Jagtenberg
Maison d’édition: Rue du monde Bouton acheter petit
Année de publication: 2014
ISBN: 9782355043239
Public cible: À partir de 5 ans

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook