Violette

violette Tania Duprey StehlikViolette, c’est le nom d’une fleur de couleur violette. C’est aussi le nom d’une petite fille. Violette va à l’école avec des enfants de toutes les couleurs. Certains sont rouges, d’autres sont jaunes et quelques-uns sont bleus. Mais Violette est la seule qui soit violette. Quand l’une de ses camarades fait une remarque sur la couleur de sa peau, elle comment à se demander… Pourquoi suis-je Violette ?

Cette histoire se déroule lors de la rentrée scolaire. Le personnage principal, Violette, est très nerveuse à l’idée d’aller à l’école et craint de ne pas pouvoir se faire des amis. Timide, elle fait tout pour passer inaperçue. Sa première journée d’école se passe plutôt bien. Ce n’est qu’au moment où son père vient la chercher à la fin de la journée que Violette est affectée par les commentaires des autres élèves sur la couleur de sa peau. Tous se demandent qui était cet homme bleu venue la chercher. Violette répond fièrement que c’est son père, mais les autres élèves n’en reviennent pas : « Ton père est BLEU? », « Pourquoi est-il bleu et pas toi ? » s’exclament-ils, décontenancés. Violette ne sait pas quoi répondre et s’inquiète à l’idée de retourner à l’école pour y subir de nouvelles moqueries. Et puis, elle ne comprend pas très bien pourquoi elle n’est ni rouge, ni bleue, comme ses parents.

Pour faire accepter son métissage à sa fille, la mère de Violette lui explique qu’en mélangeant du rouge et du bleu, on obtient une jolie couleur violette et que plusieurs personnes dans le monde sont violets, même s’il n’y en a peut-être pas dans la classe de sa fille. Elle conclut en disant à Violette qu’elle ne devrait pas se soucier de ressembler aux autres, qu’il faut être soi-même et que les gens devraient l’aimer pour ce qu’elle est, peu importe sa couleur. Ce message positif résonnera chez les enfants métissés qui eux aussi ont des parents de couleur différente qu’eux. Quelle bonne idée d’avoir fait cette analogie avec les couleurs: les couleurs primaires sont celles des personnes non métissées, alors que les couleurs secondaires sont celles des personnes métissées.

Les illustrations, naïves et aux traits nerveux, éclatent de couleur. On ne voit jamais entièrement les parents de Violette. On aperçoit un bout de bras par-ci, un pied par-là. Sur l’une des pages, une nouvelle amie de Violette partage son repas en lui offrant une pomme. L’enfant à qui j’ai lu ce livre a cru qu’il s’agissait une pomme pourrie et s’est demandé pourquoi on lui offrait des choses vilaines ! C’est fou ce qu’un petit coup de crayon en trop peut changer toute l’interprétation que l’on peu avoir d’une illustration. J’ai trouvé le texte un peu verbeux et long par moment. Certaines pages ont peu de texte alors que d’autres en ont énormément, ce qui mine l’équilibre global du livre dans sa mise en page. Un très bel album malgré tout, qui peut être utile pour entamer une conversation sur l’acceptation de soi.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Tania Duprey Stehlik & Vanja Vuleta Jovanovic
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2010
ISBN: 9781443101745
Public cible: 6 à 9 ans.
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Le pelleteur de nuages

le pelleteur de nuagesElliot adore les nuages, mais il déteste les taches blanches qui sont apparues sur ses mains et grandissent un peu plus chaque jour. À l’école, ses camarades de classe, intrigués, commencent à poser des questions. — Pourquoi changes-tu de couleur ? Vas-tu devenir tout blanc comme Michael Jackson ? Elliot a honte de ses mains qui se décolorent, mais il est aussi inquiet : « Jusqu’où cela ira-t-il ? Si toute ma couleur disparaît, est-ce que je vais disparaître, moi aussi ? » se demande-t-il. Grâce à son imagination débordante, celui que son père surnomme affectueusement « le pelleteur de nuages » trouvera enfin un sens et une beauté à cette différence…

Cette histoire m’a émue. Elliot est un garçon sensible à la beauté du monde, de la nature, et surtout, des nuages. Il entretient une belle relation avec son père avec qui il observe le ciel et marche jusqu’à la confiserie du coin pour déguster de la barbe à papa. Ce dernier aime jardiner, alors que la maman d’Elliot répare des voitures. Mais Elliot s’inquiète: sa peau se décolore. D’abord, des tâches blanches sur les doigts, puis jusqu’au poignet. Si toute sa couleur disparait, est-ce qu’il va disparaitre lui aussi ?

Le printemps, l’été et l’automne, quand il fait beau, Elliot et son père se couchent le dos contre l’herbe. Ils pointent un index vers les nuages. Le doigt du papa est brun chocolat, avec de la terre sous l’ongle. Celui d’Elliot est presque de la même couleur, mais par endroits, le chocolat au lait de sa peau semble taché de gouttes de chocolat blanc. (p.4)

Les douces illustrations de Josée Bisaillon accompagnent le texte en un équilibre parfait. Encore une fois, Simon Boulerice ne déçoit pas. En postface, il écrit avec doigté: « Ceux qui [souffrent de Vitiligo] ont parfois honte de leurs taches. Ils ne devraient pas, car ce sont souvent nos petites imperfections qui nous rendent uniques. » Le pelleteur de nuages est un livre jeunesse qui plaira aussi aux adultes. Il s’agit d’un conte empli de grâce et de poésie.

Je remercie les éditions La Courte Échelle de m’avoir offert ce livre. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Simon Boulerice & Josée Bisaillon
Maison d’édition: La Courte échelle Bouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782897740979
Public cible: À partir de 6 ans.
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Tout mélangé !

Tout mélangé Histoire de couleurs Arree ChungÀ l’origine, il y avait trois couleurs : les Rouges, les Jaunes et les Bleus. Tous uniques à leur propre façon, ils vivent en harmonie jusqu’au jour où l’un des Rouges déclare : « Les Rouges sont les meilleurs! ». Une dispute éclat alors entre les clans, et les couleurs décidèrent de vivre séparément… Qu’est-ce qui pourrait bien les réconcilier? 

Quel bel album pour la jeunesse ! Coloré, mignon, optimiste et pertinent. Mes plus jeunes adorent les livres colorés et celui-là leur a beaucoup plu ! Ils en redemandaient. 🙂 De plus, ils se sont identifiés aux personnages, ces petits bonhommes de toutes les couleurs sans aucun problème ! Je crois que toutes ces couleurs éclatantes sur fond blanc a accroché leur oeil.

Dans cette histoire, il n’y a au départ que trois couleurs: Les rouges étaient les plus bruyants, les jaunes les plus brillants et les bleus, les plus détendus. Jusqu’au jour où un Rouge s’écrie que les Rouges sont « les meilleurs ». Ainsi commença la zizanie et la séparation des couleurs: les Rouges vivent à Rougeville, les Jaunes au Mont Jaune et les bleus, à Cité Bleue. Les plus jeunes lecteurs y verront une histoire sur la dualité gentillesse/méchanceté, mais les lecteurs plus âgés seront aptes à comprendre des concepts plus complexes tels que la discrimination, le racisme et l’intolérance.

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Le récit aborde également la thématique de l’amour et de la mixité puisqu’un bleu et une jaune se rencontrent puis forment un couple heureux ensemble, qui se marie et duquel naîtra plusieurs enfants… verts ! Les couleurs découvriront alors de nouvelles possibilités (Rouge et Jaune forment Orange, Bleu et Rouge forment Violet) et se sont mélangées encore et encore jusqu’à former une véritable nation arc-en-ciel où toutes les couleurs et toutes les teintes sont permises. Puis, les Couleurs réaliseront que les vieux quartiers de Rougeville, de Cité Bleue et de Mont Jaune n’avaient plus de raison d’être. La ville sera donc reconstruite pour que toutes les couleurs puissent y vivre ensemble. Un album absolument magnifique, qui grandira avec les enfants. Un véritable baume pour le coeur. Un incontournable !!

Coup de cœur !

Je remercie les éditions Scholastic de m’avoir offert ce livre. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Arree Chung
Maison d’édition: ScholasticBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9781443169677
Public cible:  3 à 8 ans
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Le carnaval de Malaika

le carnaval de malaikaMalaika est heureuse de retrouver sa mère, même si cela signifie qu’elle doit déménager au Canada où tout est différent. Il y fait froid, les gens ont un fort accent et le Carnaval de Québec ne ressemble en rien à celui que Malaika aimait tant aux Caraïbes! L’adaptation à son nouvel environnement et à sa nouvelle famille risque d’être difficile…

Ce sont d’abord les illustrations qui m’ont charmée dans cet album à couverture souple. Faites de collages, elles sont dynamiques et vibrantes. La qualité de la mise en page est conforme à ce que nous a habitué les éditions Scholastic, et je n’ai pas été déçue !

Le récit est touchant, difficile parfois, et échappe à une interprétation unique. Bien qu’on devine que Malaika vient des Caraïbes, son pays d’origine est gardé secret. On ignore comment sa mère et son nouveau conjoint se sont rencontrés ni depuis combien de temps dure leur relation. Leur mariage arrive comme un cheveu sur la soupe et nous laisse perplexe, comme le perçoit Malaika de son regard d’enfant: Qui es cet homme ? Pouquoi partir ? Pourquoi une nouvelle famille ? Pourquoi un nouveau pays ? Tous ces non-dits ouvrent la porte aux interprétations et aux discussions avec les lecteurs. Cela rend également facile l’identification au personnage. En effet, même un enfant dont les parents sont séparés et qui doit vivre dans une famille reconstituée pourrait se reconnaître en Malaika même s’il ne partage pas l’expérience de l’immigration.

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Le point de vue de la narratrice, tout à fait original, fait également en sorte que les personnages blancs soient perçus comme étrangers. Malaika ne connaît pas le Canada, et encore moins le Québec. Et, si elle parle français, l’accent québécois lui pose parfois quelques problèmes de compréhension ! Le Carnaval, elle connait, bien sûr, mais celui de la ville de Québec n’a rien à voir avec celui de son pays. Malgré tout, Malaika surmonte les difficultés et parvient à s’adapter à son nouvel environnement. Le dénouement est positif. Un très bel album !

Nadia L. Hohn est une auteure canadienne. 

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Nadia L. Hohn & Irene Luxbacher
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9781443164962
Public cible: 8 à 11 ans
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Disparais !

disparais escoffierCharlotte aime beaucoup ses parents, même si ce ne sont pas les siens. Car Charlotte vient d’une autre planète. De temps en temps, elle s’en souvient. Là-bas, elle faisait tout ce qu’elle voulait, c’est-à-dire n’importe quoi. Quel bonheur ! Ses parents terrestres, eux, n’ont rien compris et passent leur temps à lui donner des ordres absurdes : manger, ranger, se laver, faire ses devoirs, dormir. Aussi, Charlotte a décidé de s’en débarrasser. Mais pour ça, il lui faut une boîte de magie et une baguette…

Cet album est absolument fantastique ! Quel enfant n’a pas rêvé avoir une boîte magique ? Et quel enfant n’a pas rêvé à la liberté de faire tout ce qu’il veut quand il le veut ? Faire disparaître ses parents avec une baguette magique, cela semble de prime abord ne pas être une si mauvaise idée. Mais ce n’est pas si simple…

La famille de Charlotte est multiraciale: son père est noir et sa mère est blanche. Charlotte a les cheveux bruns, courts et lisses. Elle a énormément d’imagination. Elle se sent prête à vivre comme une grande et faire ses affaires de manière autonome, mais elle réalisera que ses parents, même s’ils imposent pas mal de règles, lui apportent confort et sécurité. Cet album est un plaisir à lire et à raconter. Il peut aussi se lire de manière autonome par un enfant en apprentissage de la lecture. Dans cet album, certains dialogues sont présentés dans des phylactères. Le rouge vif et jaune pétant donnent également fière allure à ce livre jeunesse drôle et rassurant à la fois. L’éditeur suggère de 3 à 5 ans, mais les enfants de 6 à 10 pourraient mieux comprendre le récit.

Coup de cœur !

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Michaël Escoffier & Matthieu Maudet
Maison d’édition: École des loisirs Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782211231458
Public cible: 6 à 10 ans.

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Les p’tites créatrices: Le défi de Yoli

defi-de-yoli-creatricesYoli apprend que son frère Bonga assiste un célèbre styliste. Dans l’atelier de ce dernier, elle est initiée à la broderie. Pour la jeune passionnée, c’est un défi de concentration et de rapidité.

Voilà un roman d’aventures sur la mode qui saura plaire aux enfants du primaire qui lisent tout seuls. Le livre est très beau, les couleurs sont vives, la reliure est solide et les pages sont en papier glacé. Le texte est écrit suffisamment gros pour faciliter la lecture. Tous les verbes sont conjugués au présent. Le récit est divisé en chapitres, contient des dialogues et des paragraphes. Il est aussi accompagné de plusieurs illustrations en couleur qui complètent bien le texte. Petit extrait:

Yoli, tout en retrouvant ses esprits, reconnaît sa langue maternelle, le kibumdu. Même si cette langue est parlée à Luanda, il n’y a guère qu’à Malanje que les gens l’emploient aussi facilement, car en Angola, la langue la plus parlée est le portugais. (p.10-11)

Yoli, le personnage principal, est d’origine angolaise. Ses parents n’ont pas un rôle important dans l’histoire, mais ceux-ci sont illustrés à la page 49: le père est Noir et la mère, Blanche. Elle a une forte personnalité, est persévérante, intelligente, avide d’apprendre et débrouillarde. Elle apprend à se découvrir elle-même et ose prendre sa place. Un modèle positif pour les jeunes filles qui pourront facilement s’identifier à elle!

J’ai aimé qu’il s’agisse d’un roman sur la mode, mais qu’il ne se contente pas que de parler de paillettes et de beauté. Au contraire, on explique bien toute l’industrie de la mode, tout le travail nécessaire avant qu’un vêtement soit en magasin, et les rôles de plusieurs personnes qui travaillent dans le milieu (chapelier, mannequins, photographes, attaché de presse, artisan, responsable de fabrication, responsable commercial, etc.) Ce roman peut être lu dès l’âge de 7 ans pour de très bons lecteurs, autrement je recommande à partir de l’âge de 8 ou 9 ans.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Mathilde Paris & Shiilia
Maison d’édition: Auzou éditions Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782733841587
Public cible: À partir de 8 ans
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Fourchon

fourchonSa maman est une cuillère. Son papa est une fourchette. Lui, il est un peu des deux. Voici Fourchon ! Il a beau tenter de passer pour une cuillère, puis pour une fourchette, Fourchon n’est jamais choisi lorsque vient le temps de se mettre à table…

Publié dans la collection « Pamplemousse » aux éditions La Pastèque, cet album de Kyo Maclear et Isabelle Arsenault se démarque par son originalité. Il traite de la différence, quelle qu’elle soit, et chaque lecteur pourrait y voir quelque chose de différent. C’est d’ailleurs ce qui m’a plu dans ce livre car j’y vois une analogie avec la mixité raciale. Une maman cuillère et un papa couteau, c’est un peu comme une maman noire et un papa blanc ou vice-versa; c’est pareil et différent à la fois. Fourchon, quant à lui, a hérité des caractéristiques physiques de ses deux géniteurs: la rondeur de sa mère et les pointes de son père. Les enfants métisses pourront s’y identifier facilement.

L’album traite aussi du sentiment d’appartenance et du rejet. Fourchon est bien embêté de n’être pas « une seule chose » et les autres ustensiles le lui font bien sentir. Autrement dit, il détonne, comme les enfants noirs grandissant dans des environnements où il n’y a que des blancs, ou comme les personnes chrétiennes qui vivent dans des pays à majorité musulmane, ou comme des hispanophones discutant dans un café où la clientèle est presque exclusivement francophone… Bref, tous ces moments où certaines personnes ne sont pas tout à fait comme les autres. Malheureux, Fourchon se dit qu’il faut choisir: soit être une cuillère, soit être une fourchette, mais pas les deux en même temps. Il fera preuve d’inventivité en portant un chapeau melon pour se donner un air de cuillère, mais les fourchettes le jugent trop rond. Il tentera alors de porter une couronne de papier pour avoir l’air d’une fourchette, mais les cuillères le jugèrent trop pointu. À la lecture de ce passage, on peut se demander pourquoi Fourchon n’a pas choisi de porter le chapeau melon auprès des cuillères et la couronne de papier auprès des fourchettes. Je pense que là n’est pas vraiment la question; être accepté au sein d’un groupe parce qu’on porte un masque n’est pas ce que veut Fourchon. Il veut plutôt être accepté tel qu’il est. Ce passage démontre tout de même comment le rejet s’articule dans la société: être trop noir(e) pour les blancs ou trop blanc(he) pour les noirs, cela c’est bien sûr déjà vu, encore aujourd’hui ! La solution que propose les auteures n’est pas de trouver un groupe d’ustensiles qui ressemblent à Fourchon (car des instruments de cuisine qui ne ressemblent ni à cuillère, ni à des fourchettes, bien sûr qu’il y en a: les couteaux, les baguettes chinoises, le presse-ail, le rouleau à pâtisserie, la théière, le malaxeur, les verres à vins, etc.) Fourchon finira plutôt par trouver sa place dans la cuisine (c’est-à-dire le monde) en réalisant que parfois, on a besoin justement de quelque chose d’un peu plus rond qu’une cuillère, mais d’une peu plus pointu qu’une cuillère…

Les illustrations d’Isabelle Arsenault sont très belles, mais les couleurs choisies sont un peu fades et n’ont pas plu aux enfants à qui j’ai lu ce livre. Aussi, les pages 17-18 où l’on voit une éclaboussure de ce qu’on devine être de la sauce tomate accompagnée de fruits coupés et d’une moitié de poisson ont suscité des réactions négatives auprès d’eux: dégoût, peur, incompréhension. Les plus jeunes ont décroché à partir de ce moment-là, ne comprenant pas que « la chose malpropre » était un bébé, et encore moins pourquoi on le qualifiait de « chose » comme si c’était un objet. Les pages suivantes où la panique s’installe auprès des ustensiles tâchées de sauce rouge évoquent une scène de guerre ensanglantée. Ensuite, la scène où l’on aperçoit l’ombre de « la chose malpropre » effraie, certains enfants ont même pensé que Fourchon était en grave danger et ne comprenaient pas pourquoi il souriait à la fin. La morale de l’histoire est que Fourchon est en réalité parfait tel qu’il est. Bref, la force de l’album est un peu perdue dans la deuxième moitié un peu violente où les illustrations ne parvient pas à toucher le lectorat cible: les enfants.

Bref, aucun personnage noir n’est présent dans cet album jeunesse, même si un deuxième ou troisième niveau de lecture permet d’y voir des personnes métissées. À la toute fin, on découvre que la chose « malpropre » est un bébé blanc. Voilà donc un album au sujet intéressant et traité d’une manière intelligente et inventive, mais dont les illustrations, bien que magnifiques, semblent déplaire à certains enfants.

* Prix jeunesse des libraires du Québec

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Kyo Maclear & Isabelle Arsenault
Maison d’édition: La pastèque éditeur Bouton acheter petit
Année de publication: 2011
ISBN: 9782923841038
Public cible: 4 à 6 ans
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