Victoire Divine : Déclaration de guerre

Victoire divine déclaration de guerreVictoire-Divine Kembonayawhé a quatorze ans, toutes ses dents, et de la répartie pour cent ! Élève douée, elle a obtenu une bourse pour fréquenter Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, le pensionnat le plus huppé de la province. Mais cette école n’a rien d’ordinaire : les élèves y sont maîtres et rois ! Chaque année, les plus populaires désignent un Intouchable, le souffre-douleur qui subira le mépris et les moqueries de tous. Victoire ne se gêne pas pour dénoncer cette tradition épouvantable, si bien que, cette fois, l’élue n’est nulle autre qu’elle… Contrairement à tous les Intouchables précédents, l’adolescente n’a pas l’intention de se laisser faire sans se battre. Une seule solution s’impose : déclarer la guerre.

Je vous le dis tout-de-go: j’ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman ! Il a pour personnage principal Victoire-Divine, une adolescente d’origine congolaise née au Québec, intelligente, qui accumule les bonnes notes à l’école, qui a du pep, qui sait prendre sa place et qui n’est pas gênée d’exister. Elle est comme ses nombreux adolescents qui fréquentent ma bibliothèque après l’école, ou qu’on croise à la sortie des cours; voilà donc un personnage réaliste et bien construit. On croirait qu’elle existe vraiment et que c’est vraiment elle qui nous raconte son histoire. L’histoire se déroule dans un pensionnat d’élite situé en région, hors de Montréal, et Victoire-Divine parle tout naturellement avec l’accent québécois, comme le fond d’ailleurs plusieurs jeunes Noirs de deuxième, troisième ou quatrième génération ici. Seule fille noire de son école, il y a aussi un garçon d’origine haïtienne, une fille d’origine asiatique et une élève d’origine arabe. Il y a aussi un surveillant d’origine haïtien que les élève de l’école secondaire ND7D surnomment en secret « Aristide » parce qu’il est « hypra tyrannique », qu’il « se prend très au sérieux » et qu’il « crie après [les élèves] s'[ils] mettent [leurs] pieds sur une chaise ou  si, tout simplement, [ils] respire[nt] trop d’air » (p. 319).

D’une certaine manière, j’ai senti que ce roman était écrit pour le lectorat afrodescendant (mais pas que, bien sûr). Le livre regorge de références et de situations qui nous sont familières sans que l’auteur ne se perdent dans des explications ou une mise en contexte qui de tout manière aurait été superflues: Les tresses qu’elle porte, les pommades pour les cheveux que lui envoie sa mère, son origine, son nom de famille pas si compliqué que ça, son statut minoritaire, son identité noire, la conscience profonde qu’elle a d’elle-même. C’est très rare de retrouver sur le marché du livre francophone ce genre de personnage principal en littérature jeunesse.

NOOOON. Pas basketball, je vous en prie, Dieu Marie Joseph Toutankhamon ? Pourquoi fallait-il qu’il pleuve aujourd’hui ?! Nous sommes forcées de nous taper le pire sport du monde (après le golf et la ringuette). Je HAIS le basketball ! Bon, OK, je hais tous les sports, mais plus particulièrement le basketball, puisque tout le monde s’attend à ce que j’y excelle, vu que je suis grande et Noire. C’est comme croire que tous les Asiatiques sont ceinture noire au judo. Même combat. (p. 131)

Tout allait plutôt bien pour Victoire-Divine jusqu’au jour où elle est déclarée Intouchable après avoir aidée une collègue de classe victime d’intimidation. Ce sera désormais elle qui sera la cible des moqueries qui se révéleront de plus en plus méchantes, tranchantes et sournoises. Certains passages sont difficiles à lire. On va plus loin que les insultes lancées un peu mollement dans les couloirs de l’école. L’intimidation à ND7D pousse Victoire-Divine à abandonner son dortoir et à dormir dans la salle des machines, à nettoyer son pupitre où a été déversée une poubelle, à recevoir des dizaines et des dizaines de courriels haineux, à se faire appeler « Bamboula », à se faire dire que ses cheveux de « rastamen » et « pas lavés depuis des semaines » (p.202) sentent mauvais, à se faire traiter de « fucking laide », de se faire répéter sans cesse de « dégager », etc., etc., Et comme si ce n’était pas assez, même la prof du cours d’Éthique et Culture Religieuse se montre raciste et lance un maladroit « Voyons, Victoire. Es-tu là ? Y a-t-il des chaises dans ton pays? » alors que les autres élèves avaient caché sa chaise. Mais Victoire ne plie pas. Pas totalement. Elle répliquera d’ailleurs, fulminante de colère:

« Pardon? Non, y en a pas ! Ma mère a reçu toute son éducation assise sur des bottes de foin au milieu des lions, TSÉ ! » (p.220)

La déclaration de guerre est un roman drôle tout de même, car Victoire-Divine nous sert des barbarismes savoureux (les imbécioles, vous connaissez? 😉 ), donne à ses professeurs des surnoms hilarants et entretien avec sa mère une relation douce-amère qui donne lieu à des échange très cocasses. Le roman intègre des pages formatées comme l’écran d’un cellulaire où sont échangés des messages ou des courriels, des copies de feuilles mobiles écrites à la main ou des post-its laissés ça-et-là. Bref, la lecture de ce roman est fortement recommandée ! J’ai déjà hâte de connaître la suite et de lire le deuxième tome (qui devrait s’intituler « État Voyou »). Contexte québécois.

Édith Kabuya est une auteure canadienne.

Édith Kabyuya

Je remercie les éditions de Mortagne de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Édith Kabuya
Maison d’édition: Éditions de Mortagne Bouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782896628810
Public cible: Ados

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Frères

JFrères Kwame Alexander.jpgosh et Jordan sont jumeaux, tous les deux stars de leur équipe de basketball. Guidés par leur père, grand joueur retraité surnommé « Le Boss », les deux frères sont inséparables, dans la vie comme sur le terrain. À mi-chemin entre le slam et le vers libre, Frères, est un texte magnifique qui utilise avec finesse les règles du basket pour dire l’importance de la famille, de l’amour et du libre arbitre.

Une fois qu’on s’est habitué à la traduction française très européenne, ce roman pour adolescents signé Kwame Alexander ne peut que nous charmer.

Josh, le narrateur, énumère en page 22 ce qu’il aime de ses cheveux qu’il porte en dreadlocks. Je ne le dirai jamais assez, mais les cheveux ont une importance capitale pour les personnes afro-descendantes. Pour Josh, ses locks sont des ailes, façonnées mèches par mèches, et constituent une partie intégrante de sa personne. J’ai trouvé cela puissant.

Mes dreads : 5 raisons

5. Certains de mes rappeurs préférés en ont:
Lil Wayne, 2 Chainz et Wale.

4. Elles me donnent l’impression
d’être un roi.

3. Personne d’autre sinon
n’en a dans l’équipe, et

2. ça aide les joueurs à nous
distinguer, moi et JB.

Mais
la vraie raison, c’est que

1. un jour j’ai vu la
vidéo de papa
qui dunk par-dessus
un pivot croate de deux mètres douze
dans l’émission Les meilleurs dunks de tous les temps…
Il décolle — ses longs
cheveux torsadés se déploient
comme des ailes
qui le portent très haut
plus haut
que le cercle.

J’ai su ce jour-là
qu’à moi aussi il me faudrait
des ailes pour m’envoler

Au niveau de la représentation, on a ici deux garçons noirs américains qui jouent au basketball et qui se passionnent pour ce sport. Leur père est présent dans leur vie et s’occupe des tâches ménagères, tandis que leur mère est directrice adjointe de l’école secondaire où ils étudient. Leurs parents s’aiment et se respectent. Ils sont studieux. Josh récolte des A+ en cours d’anglais et rêve d’étudier à l’Université Duke. Premier de classe, il fait aussi du bénévolat à la bibliothèque. Leur mère leur répète sans cesse l’importance des études et les force à livre un livre chaque soir. Ces garçons ce permettent de pleurer lors des moments difficiles et c’est normalisé dans l’histoire. Josh et Jordan grandissent et prennent en maturité au fur et à mesure que le récit avance: Le terrain de basketball est pour eux un terrain d’apprentissage du sport, oui, mais aussi de la vie. Et malgré une rivalité dans la fratrie, Josh et Jordan ont une relation saine. Leur réactions opposées face à la maladie de leur père et l’histoire d’amour de Jordan avec une fille de l’école les éloignera au début, mais finira par les rapprocher.

Le texte en vers libre, déstabilisant au départ, se révèle être une manière fabuleuse de raconter cette histoire. Cette poésie se prête tout aussi bien aux matchs de basketball endiablés qu’aux conflits entre frères. L’auteur a choisi d’inclure une série de règles léguées par leur père qui, plutôt que d’alourdir le récit, lui profère sagesse et  profondeur.

Règle no 3

Ne laissez jamais personne
baisser le panier pour vous.
Les attentes des autres
dépendent de leurs propres limites.
Le ciel, voilà votre limite, mes garçons.
Visez toujours
le soleil
et c’est vous qui brillerez.

Les chutes à la fin des chapitres nous donnent le goût de continuer notre lecture. Difficile de poser ce livre ! Ce roman est excellent et plaira tant aux adolescents récalcitrants qu’aux mordus de lecture. Fortement recommandé !

* Newbery Medal

* Prix Coretta Scott King

Coup de cœur !

Kwame Alexander est un auteur noir américain.

Kwame alexander

Auteur(s) / illustrateur(s) : Kwame Alexander
Maison d’édition: Albin Michel Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782226328502
Public cible: Ados
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