Jeanne et le Mokélé

jeanne et le mokélé1910. Mon enfance. Mon père : le professeur Modest Picquigny. Ses voyages en Afrique, au loin. Ses films. 1er septembre 1921. Mon père disparu. Mon départ pour l’Afrique. Seule. Toute seule. Décidée.

En lisant ce livre, il faut garder en tête que l’histoire se déroule en 1910, à une époque où l’Afrique était perçue par les Européens comme étant une terre exotique et à développer que l’on peut s’accaparer (Ouf, finalement, les choses n’ont pas vraiment changé ! 😦 ). Le récit évoque le lointain, l’inconnu, l’exotisme, la chaleur, la terre de tous les possibles où on se rend en bateau. Le personnage principal, Jeanne, s’indigne du massacre d’animaux perpétré par les colons blancs et affirme qu’il s’agit du sang de l’Afrique qui s’écoule car tous ces animaux majestueux de la savane sont précieux (pour la colonisation, on s’indignera plus tard, apparemment…) Elle raconte sa relation avec Eugène qui participe au massacre d’animaux et s’en vante régulièrement. Attention: les illustrations plutôt explicites ne voilent par les animaux ensanglantés ou morts. D’ailleurs, les illustrations hyper-réalistes sont superbes. Eugène se montre très hautain, tant avec les femmes qu’avec les habitants locaux.

Le récit est savamment écrit. Des phrases succinctes, sèches, évoquent toute la puissance des mots. La présence timide des verbes confère au texte un rythme soutenu et un style télégraphique. Ce livre met en scène des adultes aux prises avec des problèmes d’adultes. Jeanne est à la recherche de son père, cinéaste, dont elle n’a aucune nouvelle depuis longtemps. Eugène est un personnage raciste et misogyne qui a des problèmes d’alcool. Un très bel album, qui toutefois a besoin d’une mise en contexte. Je recommande donc à un lectorat mature, et une lecture accompagnée par un adulte.

Pistes d’exploitation en classe

  • Se renseigner sur le contexte historique.
  • Explorer les diverses répercussions qu’a eu la colonisation sur les populations noires d’aujourd’hui.
  • Imaginer une fin différente à l’histoire.
  • Découvrir d’autres ouvrages sur Jeanne et Eugène Love Peacock.
  • S’informer sur le Congo d’aujourd’hui.
  • Effectuer une recherche sur l’impact des populations humaines sur les animaux en voie de disparition.

Auteur(s) / illustrateur(s) :  François Roca
Maison d’édition: Albin Michel Bouton acheter petit
Année de publication: 2001
ISBN: 9782226119049
Public cible: À partir de 12 ans.
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Unis par le jeu : Comment le soccer peut changer le monde

unis par le jeuSéparé de sa famille, Deo vit dans un camp de réfugiés au nord-ouest de la Tanzanie. Il adore jouer au soccer, mais il n’a pas de ballon. Grâce à son ingéniosité, il en fabrique un avec des feuilles de bananier. Un jour, un entraîneur arrive au camp et rassemble les enfants pour une partie de soccer. Deo n’est pas rassuré, car il y a un intimidateur dans son équipe, celui qui s’en prend toujours à lui. Mais le plaisir du jeu et l’esprit d’équipe viendront à bout des tensions, et de cette joie partagée naîtra un sentiment d’appartenance réconfortant et réconciliateur. Inspiré d’une histoire vraie, le récit de Katie Smith Milway démontre comment le jeu peut unir les jeunes et les aider à s’accepter les uns les autres. Ce récit est un excellent point de départ pour aborder le thème de la justice sociale dans le monde.

Au départ, on s’inquiète et on craint pour la vie de Déo. La vie au camp de réfugiés est aussi très dure ! Puis, l’arrivée d’un mystérieux entraîneur de soccer vient illuminer le récit et soudain, ce ne sont que des enfants qui jouent et apprennent le travail d’équipe. D’ailleurs, ce virage vers l’optimiste se remarque aussi dans les illustrations qui deviennent soudain plus lumineuses et colorés qu’au début du récit. Au fil des matchs et des échanges, les orphelins qui autrefois se craignaient, en viennent à rire ensemble et à se faire confiance. Unis par le jeu est une très belle histoire brillamment racontée. Par contre, la mise en page est un peu faible parfois, notamment par l’utilisation d’une typographie si petite et sur un fond trop sombre, si bien que la lisibilités en est affectée. Très bon quand même. Ce termine par un reportage photo et un dossier sur celui qui a inspiré cette histoire et sur le contexte politique qui a donné naissance aux camps de réfugiés au Burundi. Il y a aussi une présentation de sept jeux développés par Right To Play, une organisation dont la mission est de protéger, éduquer et développer l’autonomisation (« empowerment ») des enfants afin qu’ils puissent faire face à l’adversité en utilisant le pouvoir du jeu.

unis par le jeu 2

Auteur(s) / illustrateur(s) : Katie Smith Milway & Shane W. Evans
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9781443159647
Public cible: À partir de 10 ans.
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Les couleurs de la pluie

les couleurs de la pluie winter«Depuis des siècles, en Afrique du Sud, les femmes du Lesotho peignent leurs maisons. Leurs dessins sont des prières adressées aux ancêtres afin qu’ils leur envoient la pluie.»
Dans son village souffrant de la sécheresse, la petite Elsina souhaite très fort pouvoir peindre les murs de la maison pour faire venir la pluie, comme le fait sa maman. Et voici que l’occasion lui en est donnée lorsque l’on ajoute une nouvelle pièce pour la venue d’un petit frère. Elsina peint de tout son cœur les motifs qu’elle voit en rêve : des nuages blancs, des nuages noirs chargés de pluie, le sorgho qui fleurit, les montagnes et le ciel. Si bien qu’un jour, les nuages arrivent et que la pluie finit par tomber. «Les ancêtres t’ont écoutée Elsina!»

Le texte est  parfois présenté dans des phylactères colorés, mais il n’y a pas de dialogues et ce n’est pas une bande dessinée. J’ai trouvé ce choix particulier car il n’ajoute pas grand chose au récit. Toutefois, les illustrations vives et colorées m’ont charmées. On dirait des tableaux aux couleurs claires et aux traits bien nets. L’auteure rend avec subtilité et poésie le temps qui passe, les saisons qui vont et viennent, le petit frère qui naît et grandit. Chaque pluie efface les dessins d’Elsina qui repeint chaque fois sa maison. Voilà donc un récit du quotidien qui ne rend pas exotique les personnages noirs. Plutôt, il rend compte d’une coutume sud-africaine avec respect et créativité. Couverture rigide.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire ou à la maison:

Vous pouvez, comme le personnage principal du livre, peindre la fondation extérieure de votre maison à la craie ou à la peinture lavable ou l’entrée de votre stationnement si vous n’en avez pas. N’hésitez pas à questionner vos enfants et à discuter avec eux de votre lecture de ce livre: De quelle couleur est la pluie ? A-t-elle une couleur ? Plusieurs ? Es-tu heureux-se lorsqu’il pleut? À ton avis, à quoi sert la pluie ? En classe, vous pouvez utiliser cet album pour enseigner aux élèves comment les plantes utilisent l’eau pour se nourrir et comment les humains cultivent la terre. Amusez-vous !

les couleurs de la pluie winter 2

Auteur(s) / illustrateur(s) : Jeanette Winter
Maison d’édition: Gallimard Jeunesse
Année de publication: 2004
ISBN: 2070559955
Public cible: 4 à 9 ans

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Tamina couleur soleil

tamina couleur soleil

Tamina est triste car elle ne comprend pas pourquoi elle n’a pas, comme les autres enfants, la peau claire des matins d’hiver. Elle se réfugie au creux de la ramure du laurier-tin et confie son chagrin à son amie la pie. D’oiseau en oiseau, le souci de Tamina parvient aux oreilles du soleil. C’est ce dernier qui expliquera à la petite fille le secret de sa couleur.

J’ai été émue par cette histoire. Tamina est une fille noire qui se demande pourquoi elle est la seule a avoir la peau si foncée. L’histoire débute avec son chagrin, sans qu’on en sache la raison. Le texte, tout en poésie, nous révèle peu à peu ce qui fait pleurer la jeune fille. Les plantes, les étoiles et les animaux sont dotés de raison dans cet univers et c’est auprès de la nature que Tamina tentera de trouver réponses à ses questionnements.

Lorsqu’elle rencontre un corbeau, noir de jais et magnifique, qui lui dit qu’il est tout à fait satisfait de la couleur de son plumage car « le jaune de son bec est bien plus éclatant sur le noir que sur le blanc », Tamina a la réplique facile: elle n’a pas de bec jaune pour justifier l’avantage d’avoir la peau noire et puis, tous les corbeaux sont noirs ! S’il existaient un corbeau au plumage blanc, ce dernier la comprendrait peut-être. C’est ainsi que l’auteur parvient à aborder les enjeux entourant l’identité raciale et le statut minoritaire dans ce livre auprès des enfants.

Au final, c’est le soleil (oui, oui!) qui parviendra à consoler Tamina. Le soleil lui explique qu’à la naissance de la fillette, il la trouvait si belle qu’il n’a pas pu s’empêcher d’attacher son regard à sa beauté. Ainsi, c’est parce que Tamina était le plus beau bébé que la Terre n’ait jamais portée qu’elle a le teint foncé. Joli, non ?

Les illustrations angulaires et aux couleurs franches sont très jolies. Voilà donc un bel album qui sauta apaiser certains maux liés à la couleur de peau chez les enfants noirs ou métissés de descendance africaine ou caribéenne. Recommandé !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Ghislaine Biondi & Laurent Corvaisier
Maison d’édition: Gautier Languereau
Année de publication: 2001
ISBN: 9782013908825
Lectorat cible: 7 à 12 ans
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Le garçon sorcière

Garçon sorcièreDans la culture du jeune Aster, treize ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons, des métamorphes. Toute personne qui ose contrevenir à cette tradition est exclue. Malheureusement pour Aster, il demeure incapable de se métamorphoser… et il est toujours aussi fasciné par la sorcellerie, bien qu’elle lui soit formellement interdite. Lorsqu’un danger mystérieux menace les autres garçons, Aster sait qu’il peut aider… avec la sorcellerie. Avec les encouragements d’une nouvelle amie excentrique, Charlie, Aster se laisse enfin convaincre d’exercer ses talents de sorcière. Mais il aura besoin d’encore plus de courage pour sauver sa famille… et en réalité, se sauver lui-même.

C’est d’abord le titre qui m’a interpellé lorsque j’ai aperçu ce livre sur une étagère de ma bibliothèque de quartier. Le « garçon sorcière » ? N’est-ce pas simplement un sorcier ? Puis, les illustrations m’ont beaucoup plu et j’adore les bandes dessinées à tome unique. J’ai commencé ma lecture dès que je suis arrivée à la maison et je n’ai pas pu m’arrêter avant d’avoir terminé ! L’histoire est fascinante. Il s’agit d’un monde différent du nôtre, mais en même temps, assez semblable. Du fantastique, de la magie, du suspense ! Tous les ingrédients sont là pour me plaire. Au début du livre, il y a un arbre généalogique où ont découvre la famille d’Aster. Son père est noir et sa mère, blanche. Sa tante a marié une femme. Son grand-père est absent de l’arbre généalogique et à la lecture de la bande dessinée, ont découvrira pourquoi.

Le garçon sorcière 2

Dans l’histoire, on ne remet pas en question le métissage d’Aster, ni l’homosexualité de sa tante. Toutes ces différences sont normalisées. Toutefois, la différence d’Aster (à savoir qu’il s’intéresse à la magie malgré le fait qu’il soit un garçon) est au centre de l’histoire. C’était intéressant de voir cette dualité de point de vue. La normalité est bien relative !

AsterLe garçon sorcière witch boy 3 fera très tôt dans l’histoire la connaissance de Charlie, une voisine humaine. Elle est noire, a les cheveux crépus ornés de perles, et s’intéresse au basketball et au baseball. Or, son école vient de séparer les activités de gars et de filles. Du coup, les garçons font beaucoup plus de sport que les filles et elle ne pourra sans doute pas jouer cette année, alors que c’est le sport que Charlie aime faire ! Ainsi, Aster et Charlie créeront des liens sur leurs frustrations et leur conviction que tous devraient avoir le droit de faire les choses dans lesquelles ils sont doués. Car Aster est doué pour la magie. Il n’est pas bon dans les « activités de garçons » (c’est-à-dire la métamorphose), mais est persuadé que son don pour la magie pourra aider à élucider le mystère de la disparition de son cousin. Il prendra d’ailleurs confiance en lui lorsqu’il parviendra avec succès à guérir la jambe cassé de Charlie à l’aide de la magie.

Bref, c’était absolument rafraîchissant de voir autant de diversité raciale et sexuelle dans une bande dessinée adressée aux enfants et aux adolescents. Molly Knox Ostertag est une bédéiste à surveiller ! Le garçon sorcière est sa première bande dessinée en tant qu’auteur-illustratrice.

Coup de cœur !

Auteur(s) / Illustrateur(s) : Molly Knox Ostertag
Maison d’édition : Éditions Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication : 2018
ISBN : 9781443168809
Lectorat cible : 10 à 17 ans

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Les rois du parc

Les rois du parcDeux enfants, Léanne et Johan, décident de régner sur le parc de loisirs. Ils imposent à leurs sujets des conditions et des règles de jeux… C’est bientôt la guerre déclarée entre les deux souverains pour savoir qui sera maître des balançoires et des toboggans.

Léanne est une petite fille noire au teint foncé. C’est une forte tête qui s’impatiente facilement. Le parc est son royaume, et elle ne compte pas le partager avec Johan. D’ailleurs, les deux enfants ne s’entendent pas sur la division du territoire ! Si de son côté, Johan fait un « plan de conquête », Léanne fait un « MÉGA plan de conquête ». Au fil des pages, les amis du parc s’amusent de moins en moins. Puis, leurs idées de conquête leur montent tellement à la tête qu’un jour, il n’y aura plus rien à conquérir et plus de copains avec qui jouer. Il faudra se réconcilier et apprendre à partager !

J’ai adoré la mise en page de cet album amusant. Les doubles pages, concomitantes, font ressortir l’opposition entre Johan et Léanne. Au final, les deux enfants finiront par élaborer un plan d’excuse, rendre leurs bannières royales et leurs royaumes. La chute, inattendue, fera réfléchir vos petits lecteurs. Et puis, pour aller plus loin, pourquoi ne pas aborder avec eux des sujets tels que les conflits de pouvoir, le ridicule du despotisme, ou encore la réconciliation ? Les Rois du parc est un album vraiment agréable qu’il vous faut lire absolument ! 🙂

Coup de cœur !

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Joseph Kuefler
Maison d’édition: CirconflexeBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782878339420
Lectorat cible: 3 à 6 ans.
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Le jardin de Clara

DLe jardin de Claraans le jardin de Clara, il y a… des petites bêtes à pois ou à rayures, et aussi des grosses bêtes à poils ou à plumes. Un vrai jeu de cache-cache parmi les fleurs ! Un album pour compter de 1 à 10 et s’amuser à retrouver au fil des pages les animaux du jardin.

La Clara de ce livre ressemble à l’enfant que j’ai été ou aux enfants que je croise aujourd’hui tous les jours. Ses cheveux crépus ressemblent aux miens et à ceux de nombreux enfants afro-descendants. Son jardin, par contre, est peuplé de beaucoup plus d’animaux que le mien ! 🙂 Quel plaisir de découvrir avec elle les papillons, les grenouilles, les coccinelles, les escargots, les fourmis, les libellules, les mouettes, les chatons et les abeilles. Cet album se prête bien à la lecture en dyade car une page sur deux nous présente les insectes et les animaux sur un fond blanc avec une phrase courte (par exemple « Un papillon », « Deux cocinelles », « Trois grenouilles » etc. »), puis l’autre nous les présente dans leur habitat naturel. L’enfant pourra alors s’amuser à les chercher dans les illustrations et à les compter. Par la simplicité de son jeu de ses découvertes au jardin, Clara nous rappelle ces doux moments d’enfance passés à observer, à apprendre, à découvrir et à rêvasser. Je recommande vivement cet album !

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Sandra Nelson & Princesse Camcam
Maison d’édition: Flammarion Bouton acheter petit
Année de publication: 2013
ISBN: 9782081284777
Public cible:  3 à 5 ans
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