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Peau noire peau blanche

peau noire blancheLe père d’Issam est noir et vient du Sénégal. Il est grutier et travaille sur les chantiers. Sa mère est blanche et française. Elle travaille à la maison. Issam, c’est le petit dernier. De chantier en chantier, on déménage souvent dans la famille. Être nouveau et black à l’école, ce n’est pas toujours facile et ça le rend triste, Issam. Sa maman n’a pas les réponses à toutes les questions mais ils aiment bien jouer ensemble à « pourquoi? parce que… parce que quoi? parce que que »… Parce que ça finit toujours par des rires ou des câlins. Quand toute la famille rentre au Sénégal, c’est souvent la mère qui est triste. Trop blanche là-bas, la maman d’Issam. Alors, quand elle demande pourquoi elle se sent étrangère, Issam est content de la consoler en lui disant : « parce que »…

L’histoire, racontée au « je » par Issam, est intéressante: un petit garçon Sénégalais trop noir pour la France, pour Paris, pour Marseille, et une maman française trop blanche pour le Sénégal. Issam est « tout noir » (p.1) et dans la cours de récré, on tente de lui voler son blouson, sa casquette, on ne veut pas jouer avec lui. Les autres enfants sont méchants à l’école, car ici, à Marseille, on « n’aime pas trop les beurs, ni les blacks. » Le Sénégal est présenté comme un terre salvatrice, où la famille pourra échapper aux discriminations vécues en France. Sauf qu’une fois arrivée là-bas, la maman pleure car les autres femmes la rejettent car elle est différente, blanche. Alors que le père trouve facilement du travail et qu’Issam peut enfin jouer librement, on réalise que d’autre difficultés les guettent.

Il y a beaucoup de non-dits dans cette histoire, ce qui est bien pour entamer une conversation sur les préjugés, les différences, l’injustice et le racisme. On s’attend d’un parent qu’il nous fournisse une réponse, surtout lorsqu’il s’agit de sujet délicats tels l’intimidation et le racisme, mais le petit jeu des pourquois entre la mère et le fils a quelque chose de rassurant pour chacun d’eux et renforce le lien qui les unit.

Colorées et naïves, les illustrations de Mireille Vautier pleines de couleurs primaires contrebalancent un récit assez dur sur le racisme. Même si place est laissée pour discutions, la morale du récit me semble un peu triste: notre monde est-il si clairement divisé en noir et blanc? N’existe-t-il pas de tons de gris? Ah! Déjà, voilà de quoi alimenter un débat avec des enfants d’âge scolaire. Un album jeunesse à explorer. Contexte français.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Yves Bichet & Mireille Vautier
Maison d’édition: Galimard Jeunesse
Année de publication: 2000
ISBN: 2070543358
Public cible: 8 à 11 ans
Vous aimerez peut-être: Même les mangues ont des papiers, un livre sur l’immigration.

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Les crocodiles d’Éripa

crocodiles éripaPatrick se souviendra longtemps de sa première rencontre avec Eripa. Lorsqu’elle est arrivée dans la classe, non seulement elle n’a pas dit un mot, mais, en plus, elle a refusé de s’asseoir à côté de lui à cause de sa peau noire. Du jamais vu pour lui ! Mais Patrick découvrira progressivement le vrai secret d’Eripa. Au fil des jours, mais surtout au gré des dessins étranges qu’elle dépose dans son cartable…

Voilà un roman pour enfants avec un personnage noir dont la couleur de sa peau est au centre du récit. Patrick n’a jamais eu à penser à la couleur de sa peau auparavant. Se pourrait-il qu’elle constitue une barrière? Se pourrait-il que certaines personnes refusent de lui parler ou d’être près de lui simplement parce qu’il est Noir? Tant que questions auxquelles il n’a jamais eu à penser… Le livre aborde également le thème de la guerre et de ses répercussions sur les enfants avec justesse et sans flafla. L’auteure a une belle plume et j’ai aimé les illustrations en couleur. Présentation matérielle de qualité. Contexte français.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Hélène Rice & Antoine Déprez
Maison d’édition: Alice Éditions
Année de publication: 2013
ISBN: 9782874261978
Public cible: 8 à 12 ans

Vous aimerez peut-être: Un petit garçon qui avait peur de tout et de rien, un livre jeunesse mettant aussi en scène un garçon noir, ou encore Le retour du petit mousse, un roman historique à lire dès l’âge de 10 ans.

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Aïxa: Châteaux de sable

aixa sableAïxa vit heureuse dans son pays de soleil jusqu’au jour où elle doit le quitter pour des raisons qui lui sont difficile à comprendre. À son arrivée, trois semaines avant la Noël, elle est émerveillée par les milliers de sapins aux lumières scintillantes et de toutes les couleurs.

Fille d’un père noir et d’une mère blanche, la petite fille vit dans les caraïbes où elle écoule naïvement des jours ensoleillés entre l’école, le jeu, la vie de famille et les fêtes locales. Le livre début tel un album photo où la narratrice nous décrit les personnes photographiées, leur relation avec elle et ce que ce souvenir évoque chez elle. Toutefois, le récit se détache rapidement de cette formule lorsque les illustrations deviennent soudainement un accompagnement au texte, tel un conte. Ce changement de ton rend la lecture confuse.Les illustrations, douces et naïvement disproportionnées, fait tout de même échos de manière assez juste au texte à la première personne.

Le pays d’origine d’Aïxa n’est pas nommé. Martinique? Guadeloupe? Il ne s’agit pas d’Haïti puisque les quelques passages créoles ne sont pas de créole haïtien. Certaines coutumes, célébrations, évènements climatiques et conflits politiques dont il est question dans le livre existent toutefois dans plusieurs pays de la région (faire les courses au marché, les Tontons Macoutes, la plage, les cyclones, commencer les contes par « Krik! » / « Krak! », le kombit/koumbit/communauté, les palmiers, les longues soirées éclairées à la lampe à l’huile, etc.) De plus, la manière dont est abordé le thème de l’immigration est tout à fait juste.

Ce livre m’a rappelé ceux que mon père me lisait étant enfant. Voilà un beau livre malgré tout, que l’on peut lire à un enfant ou qu’un enfant peut lire seul. À découvrir!

 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Florence Bolté & Mentalo
Maison d’édition: Pirouli
Année de publication: 2000
ISBN: 2922754006
Public cible: 4 à 9 ans
Vous aimerez peut-être: Amé et les bons bonbons, un livre sur l’immigration.

Découvrez l’auteure canadienne Florence Bolté

florence bolté

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Amé et les bons bonbons

amé bonbonsLa petite soeur d’Amé est malade. Amé et sa famille vont aller dans un autre pays pour la soigner… Mais est-ce qu’il y a des bonbons dans tous les pays? Petit extrait:

Amé va à l’école avec des pommes dans son sac. Pas de bonbons. Il a des amis noirs, des amis pas noirs. C’est bon. (p.31)

Une « première lecture » intelligente qui aborde des thèmes tels que l’immigration, la maladie et l’adaptation. Présentation des personnages en début de livre. En fin de livre, on invite l’enfant à se questionner: « Quelles sont les ressemblances et les différences entre Amé et toi? » (p.46), « Imagine que tu dois partir longtemps dans un pays étranger, comme Amé. Qu’apporterais-tu dans ta valise? » (p.47). Belles illustrations. Pour lecteurs de niveau intermédiaire (2-3 phrases par page, présence de chapitres). En quatrième de couverture, cette phrase boiteuse: « [Amé] court avec ses petits pieds noirs. » Pourquoi avoir spécifié que ces pieds sont noirs? Non seulement les images sont assez évocatrices, mais jamais on ne lirait quelque chose comme « [Justin] court avec ses petits pieds blancs ». Douteux.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Sylvie Massicotte & Christine Battuz
Maison d’édition: Éditions La Courte Échelle
Année de publication: 2009
ISBN: 9782896511778
Public cible: À partir de 6 ans

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Lily

lilyAuteur(s) / illustrateur(s) : Pierre Perret & Nathalie C.

Maison d’édition: Nathan

Année de publication: 1989

ISBN: 2092682776

Public cible: À partir de 9 ans

Résumé: Cet album pour petits et grands est une mise en image et en texte de la chanson antiraciste intitulée « Lily » de Pierre Perret. L’histoire raconte les périples d’une jeune fille nommée Lily qui vient de Somalie et qui débarque en France dans l’espoir d’une vie meilleure. La réalité est bien différente de ce qu’elle s’imaginait alors qu’elle doit faire face au racisme systématique et quotidien. Lorsqu’elle part pour les États-Unis, Lily se retrouve à nouveau victime de racisme. Face à tant d’adversité, la jeune femme parvient tout de même a garder espoir et les rencontres qu’elle effectue au cours de son processus d’immigration ne la rendent que plus forte.

Mon avis: Je suis tombée tout à fait par hasard sur cet album dans une vente de livres à petits prix. Quelle belle découverte. J’ignorais totalement qu’il s’agissait en fait d’une chanson antiraciste du très talentueux chanteur français Pierre Perret (voir le vidéo plus bas). Une mise en page tout à fait magnifique où s’éclaboussent des jets de peinture multicolores qui accompagnent la lecture de page en page. Chaque double page illustre un couplet de la chanson et la solitude de Lily naviguant seule les villes de Paris, New York et Memphis. Un livre qui fait voyager et qui donne à voir l’expérience d’immigrants noirs en occident devant souvent surmonter, avec beaucoup de dignité, l’insurmontable. Plusieurs références aux cultures et histoires françaises et américaine (Angelas Davis, Victor Hugo, Debussy, Voltaire, rue Sécrétan, subway new yorkais, Black Panthers Party, Marilyn Monroe, statue de la liberté, ségrégation raciale aux États-Unis, etc.) Cet album serait tout à fait approprié pour une animation en classe avec des élèves de 4è, 5è ou 6è année du primaire (du type: lecture du livre, écoute de la chanson, débat… au bien analyse de la chanson au cours de français, pourquoi pas?). Quelle chance d’avoir trouvé ce livre… Il aura une place de choix dans ma bibliothèque personnelle!

Coup de ❤ !

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Même les mangues ont des papiers

mêmes mangues papiersAuteur(s) / illustrateur(s) : Yves Pinguilly & Aurélia Fronty

Maison d’édition: Rue du monde

Année de publication: 2006

ISBN: 9782915569711

Public cible: À partir de 7 ans

Résumé: Momo et Khady rêvent d’aller de l’autre côté du monde, là où les mères parviennent plus facilement à nourrir leur enfants. Mais comment faire quand on n’a ni l’argent ni les papiers? Un jour, pourtant, ils décident de quitter leur petit village d’Afrique, cachés parmi les mangues…

Mon avis: Une histoire qui met en lumière l’absurdité de la réalité des immigrants clandestins et la dureté de la pauvreté. Texte poétique, accompagné de peintures aux couleurs vives. Mise en page dynamique. Compte tenu du sujet délicat de ce livre, je conseille d’attendre que l’enfant puisse entamer un travail de réflexion vis-à-vis des problématiques politiques et systémiques émergeant de l’immigration clandestine. Peut-être 7, 8 ou 9 ans. J’ai lu ce livre à des élèves de 4ème année primaire et j’ai été étonnée à quel point ils ont su s’exprimer clairement sur le sujet. Un livre réussi.

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