Entre ici et là-bas

Entre ici et là-bas Michèle MatteauPas facile d’être le bourgeon d’un arbre déraciné… C’est ce que pense et vit Ganaëlle, dix-sept ans. Émigrée d’Afrique subsaharienne et au pays depuis bientôt trois ans, elle tente de devenir une Canadienne à part entière, mais se heurte à l’attitude négative de ses parents. Des parents qui ne lui semblent plus les mêmes depuis que la famille s’est réfugiée à Ottawa. Sa mère, surtout, a changé. De femme autonome, aimante et pleine d’humour, elle est devenue dépendante, renfermée et la colère qui la ronge la porte parfois jusqu’à la violence. Ganaëlle n’a personne à qui se confier. Elle se sent terriblement seule. C’est sur les pages lignées de cahiers d’école qu’elle raconte son désarroi, sa rage et la solitude qui la tenaille.

J’ai énormément aimé ce roman. La plume de Michèle Matteau m’a complètement plongé dans la peau du personnage de Ganaëlle, une adolescente arrivée au Canada depuis trois ans et qui cherche toujours à s’intégrer. Son style d’écriture est efficace, réaliste et empreint d’un respect pour le vécu des personnes immigrantes dont elle raconte l’histoire. L’auteure étant blanche et n’ayant pas vécu un tel parcours migratoire (on ne peut comparer une immigration interprovinciale à une immigration internationale), le risque était de s’approprier ces récits qui ne sont pas les siens. Une petite recherche m’indique que l’auteure a pris soin de rencontrer des personnes immigrantes et a longuement travaillé avec elles. Elle mentionne d’ailleurs dans ses remerciements qu’auprès d’elles, « [elle] a pris conscience des profondes difficultées d’une intégration réussie à un pays d’adoption et [elle] a pu constater le courage, la détermination et la résilience que cela exige. » (p.159) Les thèmes de l’immigration sont rarement exploités en littérature jeunesse avec autant de doigté et de profondeur dans les récits de fiction. Franchement, chapeau !

Michèle Matteau a choisi de ne pas identifier le pays duquel Ganaëlle provient, par souci de pérennité de son histoire. J’ai aimé cette approche. L’histoire de Ganaëlle aurait aussi bien pu être la mienne ou celle de gens de mon entourage. De plus, le fait que l’histoire soit racontée par une adolescente à un moment charnière de sa vie rend le récit encore plus fort. L’adolescence vient avec une série de questionnements, mais aussi la sensation de pouvoir tout faire, tout accomplir. Malgré toutes les difficultés rencontrées, Ganaëlle a la vie devant elle et l’histoire porte en elle ce souffle d’espoir. Je recommande vivement ce roman ! Contexte canadien.

Je remercie les éditions David de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Michèle Matteau
Maison d’édition: Éditions David Bouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782895977117
Public cible: Ados
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La saveur des bananes frites

la saveur des bananes frites

Saraphina vit avec son grand frère Jude à Paris dans un foyer pour jeunes étrangers. Quand elle passe devant les grilles de la Cité Paradis et ses beaux appartements, elle ne peut s’empêcher de penser à une autre cité : celle où ses parents ont vécu avant sa naissance, en Haïti, et qu’ils ont dû fuir suite aux « grands combats ». Depuis, la vie ne les a pas épargnés : après la mort de leur mère, Jude et Saraphina ont dû apprendre à vivre seuls. Mais Jude semble profondément attaché à ses racines, alors que Saraphina, née à Paris, préférerait parfois les oublier. Au quotidien, elle s’applique surtout à rendre la vie plus légère. Au collège, elle s’intéresse à tout ; au foyer, elle aide Jude autant qu’elle peut, et rit avec Malik, qui lui fait voir la vie en couleur. Mais quand tout tourne mal, l’horizon du retour en Haïti se dessine peu à peu comme seul échappatoire possible. Comment Jude et Sara parviendront-ils à affronter cette nouvelle page de leur histoire ?

J’avais de grandes attentes face à ce roman et j’ai été plutôt déçue…  Bien que j’aie grandement apprécié la plume de l’auteure, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Saraphina en particulier m’a semblé assez unidimensionnelle: sans papiers en France, elle répète souvent qu’elle n’aime pas, ne connait pas et n’est pas intéressée à connaître Haïti. Toutefois, on en sait très peu sur elle, sur ses intérêts, ses qualités, ses défauts, ses forces et ses faiblesses. J’aurais aimé connaître Saraphina en tant qu’humaine complexe et unique ! J’aurais aimé la suivre dans son cheminement identitaire en tant que fille ayant perdu sa mère et son père vivant depuis toujours en France, mais devant retourner vivre dans un pays inconnu.

La représentation d’Haïti m’a également déplu. À la lecture du roman, on retient que ce pays n’est que pauvreté, lenteur et délabrement habité par des gens à la peau si sombre que leur visages semblent avoir été « noircis par la cuisson [d’une] cocotte-minute » (p.107) de la chaleur des tropiques. J’aurais aimé que le roman aborde des éléments plus positifs pour contrebalancer. De plus, le vaudou est peint comme une sorte de pratique magique et mystérieuse se résumant aux poupées piquées d’aiguilles. Au passage, l’auteure n’oublie pas de nous rappeler que les habitants d’Haïti sont des descendants d’esclaves, mais passe sous silence leur lutte pour leur indépendance. Ugh. J’aurais tellement aimé aimer ce roman. Le mieux, c’est peut-être que vous le lisiez pour vous faire votre opinion personnelle. Et puis dites-moi ce que vous en avez pensé!

* Prix de Ravinala Madagascar

Sélectionné pour le Prix des Incorruptibles 2018-2019

Auteur(s) / illustrateur(s) : Sophie Noël
Maison d’édition: Magnard Jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782210963672
Public cible: À partir de 9 ans

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Vingt petit pas vers Maria

vingt petits pas vers maria« Tout à coup, elle se mit à fredonner un air, une mélodie qui, de manière étrange, semblait éveiller en moi comme un écho. Sans trop savoir où mes pas me conduiraient, je me mis à la suivre. » C’est ainsi qu’une écrivaine s’est intéressée au destin d’une étrangère… pourtant si proche.

Aujourd’hui, j’ai été faire un tour à ma bibliothèque de quartier avec la ferme intention de mettre la main sur les livres de Marie-Célie Agnant. Heureusement, Vingt petits pas vers Maria et L’Enfant gazelle étaient disponibles pour le prêt. J’ai tout de suite lu Vingt petits pas vers Maria en arrivant à la maison. La prémisse du roman m’intriguait: le texte est né du malaise ressenti par Agnant lorsque son fils âgé de sept ou huit ans lui demande, alors qu’il sont en chemin vers l’école dans un quartier huppé du Grand Montréal, « Pourquoi, ici, c’est des femmes noires qui promènent les bébés blancs ? » Les « vingts petits pas », se sont ceux qui nous séparent de l’Autre, souvent ignoré, mais au final si proche de nous. Par exemple, les employées de maisons, les sans-abris ou simplement le voisin d’à-côté. Ce roman réfléchi ouvre les horizons du lecteur et le pousse à ouvrir ses yeux et son cœur à ceux qui l’entourent. Le roman se termine par un « dossier plus » où l’on retrouve des questions de compréhension de texte, des entrevues avec l’auteure et des pistes de réflexion. Idéal pour une exploitation en milieu scolaire !

Marie-Célie Agnant est une auteure, enseignante, traductrice et interprète canadienne née en Haïti. Elle vit à Montréal.

marie célie agnant

Auteur(s) / illustrateur(s) : Marie-Célie Agnant & Normand Cousineau
Maison d’édition: Hurtubise
Année de publication: 2001
ISBN: 2894285396
Public cible: Ados
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Little Lou

Little louLittle Lou a la musique dans la peau. Il a la chance d’habiter au-dessus du Bird Nest, le petit bar où joue Slim, le pianiste. Lou y descend tous les jours prendre sa leçon. À la mort du vieux Slim, Lou hérite de son piano. Le Bird nest est transformé en boîte de nuit. Un soir, des gangsters font irruption dans le bar. Mais Lou est là…

Magnifiquement raconté, ce roman intelligent au format agréable restitue l’ambiance des années folles du jazz du sud des États-Unis. L’histoire nous est racontée tant par le texte que par les illustrations qu’il faut bien analyser et comprendre afin de ne rien manquer, car ces dernières font autant avancer le récite que les mots. La douceur des traits et les couleurs sépia, presque timides, accompagne à merveille le texte, tantôt succinct, tantôt plus long, dynamisant ainsi la lecture. Le passage où des criminels s’introduisent dans Bird Nest nous est raconté par des bandes dessinées, donnant à l’auteur le loisir de s’attarder plus longuement sur ce moment clé du récit et d’enchaîner rapidement les péripéties. Lorsque ceux-ci sont arrêtés, le livre reprend le format d’un roman.

Il existe une version de ce livre avec CD et une version sans CD. Dans la version accompagnée d’un CD audio, on retrouve de magnifiques improvisations de Memphis Slim, du jazz, du blues, de la musique classique au piano et une narration juste et rieuse de Jean Claverie, petit accent américain en plus ! En dix-sept minutes, le roman complet est lu. Pour le passage en bandes dessinées, le lecteur narre ce que l’on vlittle lou 2oit comme un roman. J’ai adoré le CD d’accompagnement, je l’aurais relu quatre ou cinq fois, sans problèmes !

Parents, vous avez essayé de faire lire et écouter ce roman à un enfant d’âge scolaire ? Parfait pour partager un moment de lecture parent-enfant. N’oubliez pas : si votre enfant sait déjà lire, continuez tout de même à lire avec lui. Il se sentira valorisé, important et progressera très vite dans ses apprentissages. Enseignants, pourquoi ne pas offrir une activité spéciale à vos élèves en les faisant écouter ce livre en fin d’étape ? Ne prévoyez pas nécessairement d’évaluation pour ce livre; il est bien parfois de lire simplement pour le plaisir !

 

* Ce livre est recommandé par l’Éducation Nationale de France.

Coup de cœur !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Jean Claverie
Maison d’édition: Gallimard jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 1994
ISBN: 9782070659562 ou 9782070537167 (avec CD audio)
Public cible: 8 ans et plus.

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The Sun is also a star

The sun is also a star Nicola Yoon

Daniel, 18 ans, est fils de Coréens immigrés à New York. L’année prochaine, il intégrera certainement la prestigieuse université d’Harvard. Natasha, 17 ans, est arrivée de la Jamaïque dix ans auparavant. Ce soir, elle quittera peut-être les États-Unis pour toujours. Il croit à la poésie et à l’amour. Elle croit à la science et aux faits explicables. Ils ont 12 heures pour se rencontrer, se connaître, et s’aimer. Au-delà des différences.

Ce roman m’a fait vivre toute sorte d’émotions : la joie, la peine, l’indignation, l’espoir, la mélancolie. Je me suis souvent retrouvée accrochée à mon livre, les orteils crispés, à crier dans ma tête : « NON, DANIEL, NE FAIT PAS ÇA!! », ou encore « NON, MAIS À QUOI AS-TU PENSÉ, NATASHA ??! ». J’ai aimé les personnages, vrais et authentiques, que j’imaginais facilement croiser par hasard dans les rues de Montréal. Natasha est d’origine jamaïcaine et Daniel, d’origine coréenne. Natasha a l’esprit cartésien et scientifique, alors que Daniel est artiste et romantique. Leur relation, fulgurante et tumultueuse, n’aura duré qu’une journée. Elle sera façonnée par les différences, mais ce sont leurs ressemblances qui feront d’eux un couple gagnant. Et, comme dans la vraie vie, les relations ne sont pas toujours faciles ou heureuses; l’histoire de Natasha et de Daniel aussi. Ce roman nous amène avec lui dans un univers beau et dur à la fois et l’histoire nous est racontée par divers points de vue : celui de Natasha et de Daniel, mais aussi celui de l’avocat chargé du dossier de déportation de la famille Natasha, celui d’une agente d’aéroport ayant des idées suicidaire, celui du père de Natasha, et enfin celui d’un narrateur omniscient qui nous éclaire sur des sujets tels que l’histoire des cheveux au sein des populations noires ou encore l’histoire d’une famille coréenne ayant immigrer aux États-Unis. Un petit bijou de littérature pour jeunes adultes (Young adult fiction), pour ceux qui aiment les récits réalistes, romantiques (mais pas trop) doublés d’une critique sociale. Fabuleux ! J’ai hâte de voir le film. Voici un court extrait du roman signé Nicola Yoon :

Les êtres humains ne sont pas des créatures raisonnables. Au lieu d’être gouvernés par la logique, nous sommes gouvernés par les émotions. Si c’était le contraire, les gens sur cette Terre seraient plus heureux. Par exemple, à cause d’un simple coup de téléphone, j’ai commencé à espérer un miracle.
Je ne crois même pas en Dieu. (p.65)

Nicola Yoon est une auteure américaine née en Jamaïque. 

Nicola Yoon

Auteur(s) / illustrateur(s) : Nicola Yoon
Maison d’édition
: Le livre de poche Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782017052111
Public cible: Ados
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Sako

SakoPrès d’un pavillon coquet, des caravanes déglinguées sur un terrain vague où vivent des sans-papiers. La vieille Mado n’attend plus rien de la vie lorsque Sako pointe sa jeune frimousse à travers la haie de son jardin. Tout les sépare: l’âge, la couleur, la tradition. Tout, sauf… la solitude. Et les voilà qui, peu à peu, s’apprivoisent. Pour le meilleur et pour le pire ?

Ce roman m’a beaucoup plu et touché ! La plume de Martine Pouchain est claire, limpide, spontanée et nous transporte sans difficulté dans le discours intérieur de chacun de ses personnages. Tout au long du roman, Mado, Sako et sa mère Niouma partagent avec nous le temps de courts chapitres leurs pensées intérieures. Pouchain aborde avec beaucoup de finesse la condition des sans-papiers et la fragilité des relations humaines. Sako est Malienne d’origine bambara et l’auteure a pris le soin de se renseigner sur la culture de ce pays avant d’écrire son roman. Agoutis, froufrous, koré, la ville de Kayes, le tô, et Mousso Koroni ponctuent le récit sans toutefois le rendre trop lourd et cliché. Sako est un très beau roman qu’il faut lire absolument.

Coup de cœur !

Auteur(s) / Illustrateur(s) :  Martine Pouchain
Maison d’édition : Oskar éditeur
Année de publication : 2011
ISBN : 9782350007151
Public cible : À partir de 10 ans

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Wangari Maathai : La femme qui plante des millions d’arbres

wangari maathai femme plante millions d'arbresCette Africaine est désormais célèbre dans le monde entier pour tous les courageux combats qu’elle mène au service de la planète, des droits des femmes et de la liberté. Dans son pays, le Kenya, comme ailleurs en Afrique, elle s’oppose à la déforestation avec l’aide de milliers de personnes. Le prix Nobel de la Paix lui a été décerné en 2004.

Cet album est le deuxième que je lis sur l’inspirante Wangari Maathai. L’histoire nous est bien racontée et les illustrations de Fronty sont tout à fait intrigantes, intéressantes et recherchées. En fin d’ouvrage, un cahier réunit des documents autour de la vie de Maathai, notamment son passage aux États-Unis. Parfait pour une recherche scolaire. Un livre jeunesse excellent !

Wangari Maathai est décédée en 2011 à l’âge de 71 ans.

Wangari Maathai

Un livre pour souligner le mois de l’Histoire des Noirs. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Franck Prévot & Aurélia Fronty
Maison d’édition: Rue du Monde Bouton acheter petit
Année de publication: 2011
ISBN: 9782355041587
Public cible: À partir de 8 ans

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