Belle maison

Belle maison Sarbacane BrunetL’été est là. La narratrice, somnolante, est soudain réveillée par le bruit d’une clé fourrageant dans sa serrure : ses chers enfants sont revenus ! Douée de raison et de la force d’aimer, elle vibre et s’émerveille – sans toutefois pouvoir dialoguer pour de bon avec les enfants. Telle une grand-mère bienveillante, elle les suit (et nous avec elle) tandis qu’ils courent de pièce en pièce, éclaboussant de vie et de lumière les objets endormis, elle s’attendrit lorsqu’ils retrouvent leurs jeux et leurs livres de l’année passée, s’attriste lorsqu’ils s’apprêtent déjà à filer à la plage.

Ce qui est original dans cet album, c’est que c’est la maison qui nous raconte l’histoire. Oui, oui, vous avez bien lu. On ne se doute de rien au début, pensant qu’il s’agit simplement d’un narrateur omniscient. Mais c’est bien cette ancienne maison à étages abandonnée (qui refuse d’ailleurs de révéler son âge) qui observe les deux enfants se faufiler chez elle, explorer chacune des pièces, nettoyer et ranger, embellir, réparer, bref s’occuper d’elle. La présence des enfants aura chez elle un effet bénéfique: elle se sentira revivre, comme sortie d’un long sommeil. La maison se décrit elle-même comme une aventurière, et son architecture est certes pleine de caractère.

Les illustrations, sublimes, sont faites de couleurs franches et de motifs répétitifs: les lignes jaunes d’un parasol sur le bord de la plage, les papier-peints lignés ou fleuris de la maison, le quadrillé d’une vieille couverture, les taches de rousseurs de Lise comme autant de petits points oranges sur sa peau, les écailles des poissons… Les enfants jouent et s’inventent tout un monde imaginaire que l’auteure nous fait voir dans de vastes fresques colorées.

L’un des personnages de l’histoire est un garçon noir qui s’appelle Noufou. Il lit dans le jardin d’hiver, construit des châteaux de sables, fouine dans le sous-sol de la maison, construit des maisons faites de branches et de feuilles… Muets, les enfants de l’histoire sont pleins de mystère et on ne peut s’empêcher de relire ce livre plusieurs fois, comme pour essayer de les saisir, puis aussi pour entendre de nouveau la maison nous parler d’eux. Un chef d’œuvre !

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Anaïs Brunet
Maison d’édition: Sarbacane Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782848659572
Public cible: 8 à 12 ans
Vous aimerez peut-être: L’amie, publié aux éditions des éléphants.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Publicités

Mon frère et moi

mon frère et moiChaque été, au chalet familial, deux frères nagent vers un rocher et l’aîné le grimpe et saute. Il est maintenant temps que le plus jeune fasse, à son tour, le grand saut.

J’ai adoré cet album ! Il aborde avec tant de justesse la relation entre deux frères et comment un simple saut a fait grandir un petit garçon grâce aux encouragements de son frère. Le petit admire son grand frère et le moment est venu pour lui de prouver qu’il est tout aussi capable que lui. Pour se donner du courage, il sera tour à tour un chat pour grimper le rocher, un oiseau pour s’élancer dans les airs, puis un poisson pour plonger et nager gracieusement sous l’eau.

Vous le savez, j’ai un faible pour les récits du quotidien; celui-là est magnifique, touchant et tout en poésie. Les pages brunes rappellent le papier parchemin et les touches de couleurs crayonnées donnent un très bel effet, presque inachevé, à l’instar des personnages qui ont encore tant à découvrir du monde. Vraiment, vraiment excellent.

Coup de cœur !

Mon frère et moi 2

Je remercie l’auteur Yves Nadon et les Éditions D’eux de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Yves Nadon & Jean Claverie
Maison d’édition: Éditions Deux Bouton acheter
Année de publication: 2018
ISBN: 9782924645215
Public cible: À partir de 5 ans

Vous aimerez peut-être: Freedom summer, un autre de mes coups de cœur littéraires pour les enfants (en anglais) qui met en scène de jeunes garçons et qui se déroule durant la saison chaude.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Par ici, la pluie !

par-ici-pluieCette histoire touchante est empreinte d’une douce tranquillité. L’auteure Karen Hesse et l’artiste Jon J. Muth capturent avec brio la magnificence d’une averse soudaine en une journée de chaleur accablante. Bien plus qu’un simple récit sur le temps, Par ici, la pluie! dépeint la tendresse des relations mères-filles, le rythme de la vie urbaine et le pouvoir de la nature de transformer et de revigorer toutes formes de vie. (c) Scholastic

Ce livre croque une tranche de vie toute simple: un jour chaud, très chaud, trop chaud, et la pluie soudaine offerte par Mère Nature. Les illustrations à l’aquarelle sont très abouties et rappellent le thème de la pluie. Le récit est fabuleux et, jumelé aux illustrations, nous transporte nous aussi aux côtés des quatre jeunes filles et de leur mère. De petits détails rappellent symboliquement le lien mère-fille, comme la couleur des vêtements portés par l’enfant et le parent. Le tout est très beau et poétique. Sur une double-page, il n’y a que des mains levées vers le ciel. Sur une autre, que des pieds mouillés. Très beau. Je recommande vivement ce livre !

Coup de cœur !

par-ici-pluie-2

Auteurs (s) / Illustrateur(s): Karen Hesse & Jon J Smith
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9781443153607
Public cible: 4 à 8 ans.
Vous aimerez peut-être: Sur le thème de la pluie et ayant des illustrations à la peinture à l’eau, il y a Dessine!, un livre sans texte magnifique.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Capitaine Jules et les pirates

capitaine-jules-piratesJules, Léo et Gaspard, trois courageux marins, construisent un galion au bord de la mer… Grâce au pouvoir de leur imagination, ils voyagent à travers le monde, affrontent un bateau ennemi et échappent de peu au naufrage. Voilà une histoire qui nous plonge dans la naïveté et la douceur de l’enfance. Je connaissais bien entendu déjà les auteurs grâce au sublime album « Chasse à l’Ours » que j’adore raconter à l’heure du conte. Capitaine Jules et les pirates, tout comme son prédécesseur, utilise beaucoup les illustrations en noir et blanc et en couleur pour rythmer le récit. Ici, les pages en noir et blanc mettent la table aux fabuleux paysages tout droit sortis de l’imaginaire des trois bambins. Les pages de garde, en noir et blanc, sont magnifique; sur la première, on voit la famille qui descend vers la mer, et sur la dernière, on la voit retourner vers leur voiture, épuisés. Un petit bijou d’album!

Utiliser ce livre en classe

L’album peut être lu à un enfant dès l’âge de quatre ans. Pour les enfants d’âge scolaire qui commencent l’apprentissage de la lecture, cet album offre plusieurs pistes d’exploitation pédagogiques:

  • Développer le vocabulaire autour des bateaux (galion, proue, équipage, coque, bouée, canons, vergue, grand mât, grand-voile, pavillon, navire, etc.)
  • Placer dans l’ordre les péripéties du récit.
  • Faire des inférences (la chemise est la voile, les seaux sont les canons… que va-t-il se passer lorsque le tout sera assemblé?)
  • Valider la compréhension du récit (qui sont véritablement les pirates? Quel est le trésor trouvé par Jules, Léo et Gaspard?)
  • Découvrir l’univers du livre (qui sont les auteurs? Dans quelle collection est publié le livre? Quel est la maison d’édition? Pourquoi certaines pages sont-elles en noir et blanc? Qu’est-ce que les pages de garde et que veulent-elles dire dans cet album?)

Invitez vos élèves à utiliser leur imagination, leur esprit artistique et leur dextérité pour construire eux aussi un bateau à l’aide de matériaux recyclés.

capitaine jules et les pirates 2

Auteurs : Peter Bently & Helen Oxenbury
Maison d’édition: École des Loisirs Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782211227926
Public cible: À partir de 4 ans

Vous aimerez peut-être: Du même auteur, il y a Pas si vite, Songololo.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Peter le chat debout

Peter le chat deboutUn matin, Phil trouve une boîte sur le pas de sa porte. Intrigué, il s’empresse de l’ouvrir. Aussitôt, le chat noir et blanc qui est à l’intérieur se dresse sur ses pattes arrière. Phil est étonné, mais ce chat debout lui réserve bien d’autres surprises. À la fois maladroit et rempli de prouesses, Peter saura faire rire et charmer les gens qui, d’ordinaire, ne supportent pas les chats !

Le voisin, un garçon noir, sonne à la porte du personnage principal pour l’inviter à jouer. Les deux garçons rencontrent alors un chat curieux qui se tient sur deux pattes. Nadine Robert nous offre avec ce livre jeunesse un texte drôle, répétitif où chaque mot compte, et aux péripéties inattendues que les tout-petits adoreront ! Peter, ce chat debout, nous rappelle qu’il ne faut pas se laisser influencer par les stéréotypes et qu’il faut être libre d’être simplement soi-même. Dans la tête d’un enfant (et des adultes aussi!), un chat, ça se tient à quatre pattes. Eh bien, pas Peter. Et il est un chat ! Ce livre est aussi approprié aux enfants qui commencent à lire (6-8 ans). Plaisir garanti !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Nadine Robert & Jean Jullien Bouton acheter petit
Maison d’édition: Comme des géants
Année de publication: 2017
ISBN: 9782924332320
Public cible: 3 à 8 ans
Vous aimerez peut-être: À la recherche d’un autre livre humoristique pour les enfant de 3 à 5 ans ? Essayez Le machin. Vous aimez les livres de chats? Vous devez absolument lire Aubergine et Perdido !

peter le chat debout 2

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Un été au chalet

un été au chaletPour la première fois de sa vie, Emma, dix ans et deux mois, doit passer trois longues semaines estivales loin de Léo, son grand frère adoré. Comble du malheur, ses parents ont loué un petit chalet dans le Bas-Saint-Laurent ! Heureusement, Emma traîne avec elle son petit carnet rouge pour relater tout ce qui marquera ces semaines chargées en émotions. Qui est ce garçon qui regarde la mer sans dire un mot ? Pourquoi les trois voisines ne l’invitent-elle jamais à jouer avec elles ? Et pourquoi la libraire du village la regarde-t-elle ainsi avec de gros yeux ? 

La lecture de ce roman m’a beaucoup plu ! Catherine Girard-Audet a une formidable capacité à se glisser dans la peau des filles de 9-10-11 ans. On ne sent pas du tout qu’il s’agit d’un adulte qui a écrit le livre; les émotions sont vraies, les personnages sont réalistes, leurs réactions sont appropriées à leur âge. À noter qu’il y a quelques québécismes dans le texte (« Ça n’a pas vraiment adonné », « avoir de la misère à faire quelque chose », « j’haïs », etc.), mais que le roman est tout de même fort bien écrit.

Emma, le personnage principal, est une personne qui n’a pas la langue dans sa poche : elle dit ce qu’elle pense, elle est authentique, elle est sociable et courageuse. Elle entretient une excellente relation avec ses parents (surtout avec sa mère qui semble toujours la comprendre!) et son grand-frère de 16 ans. Ces deux derniers sont d’ailleurs très proches. Cela étant dit, j’ai quelques réticences quant à la représentation d’Emma, car j’ai eu l’impression que l’auteure n’avait pas imaginé son personnage comme étant une fille noire à l’écriture de son roman et cela a donné lieu à quelques non-sens. L’illustration de couverture lui a peut-être été proposée qu’au processus d’édition ?

Aucune description physique d’Emma ou des membres de sa famille n’est offerte dans le récit. Les autres personnages du récit, lorsqu’ils sont décrits, sont blancs. À plusieurs reprises, Emma rougit pour signifier son malaise, sa gêne ou son embarras :

  • « Ma mère m’a regardée en souriant. Je pense qu’elle est fière de m’avoir transmis cette assurance qui me permet de parler en public et d’aller vers les autres sans devenir rouge tomate » (p.99-100)
  • Lorsque Loïc, le gentil voisin dont elle tombera amoureuse dans la deuxième partie du récit lui dit qu’elle est « super belle », Emma écrit dans son journal : « J’ai détourné le regard en rougissant, et je me suis empressée de changer de sujet pour dissiper le petit malaise. » (p. 214).
  • « Je lui ai donc offert de jouer à la console pour éviter qu’il se rende compte de mon malaise et du fait que je ressemblais à une tomate, et heureusement pour moi, la diversion a fonctionné! » (p.246-247).

Ces trois petits passages, mine de rien, lancent le message qu’on rougit toujours lorsqu’on est embarrassé et du coup, les petites filles noires grandissent en s’imaginant que cela s’applique à elles aussi ! Or, il faut comprendre que les petites filles ne sont pas noires avant que l’on leur dise ou qu’on leur fasse sentir qu’elles ne sont pas comme les autres. Elles sont simplement des petites filles ! C’est la société qui leur force à réaliser qu’elles sont différentes, qu’elles sont « noires ». C’est toujours bien triste d’entendre une fille noire utiliser l’expression « Être rouge comme une tomate » pour parler d’elle-même, pensant que cela signifie simplement être embarrassé… !

Similairement, à la page 255, Emma mentionne qu’elle avait « les cheveux dans les yeux à cause du vent, et Loïc a gentiment repoussé une mèche pour la placer derrière [son] oreille. » Encore une fois, cela ne concorde pas avec la représentation d’Emma en page couverture où on la montre portant un superbe afro volumineux. Ai-je besoin de mentionner que les cheveux crépus ne bougent pas suffisamment dans le vent pour se rendre jusqu’au centre du visage ? Et puis, bon, j’ai encore jamais entendu parler de familles noires normalement constituées qui vont volontairement s’exiler dans le Bas-Saint-Laurent pour un été complet. C’est bizarre.

Tous ces éléments constituent une forme de microagression : On utilise l’image d’une fille noire en couverture pour faire un coup de marketing, mais ce n’est pas l’histoire d’une personne noire qui est racontée dans le livre. D’ailleurs, on ne fait pas vraiment l’effort d’offrir une représentation juste et réaliste d’une personne noire dans le récit. Ugh. Dommage.

Mise à jour du 9 septembre 2018: Eh bien, eh bien. Surprise: Je viens de découvrir que ce livre a d’abord été édité sous le titre « Les drôles de vacances de Coralie ». Même histoire, mais on a changé la couverture. Certains crient au « Black Washing », ou l’utilisation de personnes noires pour faire un coup de pub sans que celles-ci ne soit consultées ou qu’on fasse l’effort d’offrir une représentation juste. Isssssshhhh. Ça fait grincer des dents.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Catherine Girard-Audet
Maison d’édition: Les Malins Bouton acheter
Année de publication: 2017
ISBN: 9782896575961
Public cible: À partir de 9 ans

Vous aimerez peut-être: Le collège selon Olivia, demi-princesse, un roman pour les bons lecteurs.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

André a la peau noire

andré peau noireC’était une journée récompense à l’école de Félix. Félix et son ami André sont heureux que leur classe ait récolté assez de points au cours des derniers mois pour mériter cette activité spéciale. Les élèves ont choisi de faire de la balle molle. Alors que les enfants forment les équipes, Félix propose à sa capitaine Léa de choisir André, qui est très fort en ce sport. Mais Léa refuse catégoriquement: « Beurk! Pas question que je choisisse André. Il est noir. Je ne veux pas de Noir dans mon équipe. » Comment Félix et ses camarades de classe réagiront-il au racisme de Léa?

Il y a quelques mois, j’ai fait une revue d’un autre titre de la collection Escalire sur ce blog. André a la peau noire s’adresse à un lectorat avancé (3ème ou 4ème année du primaire). Ce petit roman de 24 pages et de 1147 mots présente occasionnellement des phrases s’étalant sur plus d’une page, un vocabulaire plus difficile et des variations dans les modes et les temps de conjugaison dans une même phrase. De plus, la relation texte-image est plus complexe; il y a notamment la présence d’éléments graphiques comportant du texte complémentaire au texte principal.

J’ai eu un malaise tout au long de la lecture de ce livre et ce, pour deux raisons principales. D’une part, parce qu’il simplifie à l’extrême ce qu’est le racisme. D’autre part, parce qu’il parle de racisme sans vraiment mettre de l’avant la personne racisée qui la subit.

D’abord, on nous présente le racisme comme étant le fait de rejeter explicitement quelqu’un à cause de sa couleur de peau. C’est parce que André est Noir que Léa ne veut pas jouer avec lui. Or, aujourd’hui, le racisme ne se présente pas ainsi. Aujourd’hui, le racisme est beaucoup plus subtil et complexe: micro-agressions, marginalisation, absence de privilège, inégalité des chances, racisme systémique, etc. Le racisme d’aujourd’hui est ordinaire, il est insidieux, présent dans la vie de tous les jours. Il est aussi souvent perpétré par des gens bien-intentionnés. Rien à voir avec « Tu es Noir, donc je ne joue pas avec toi. » Des enfants de 3ème et 4ème année du primaire sont capables d’aborder ces sujets. Pourtant, ce livre perpétue cette idée fausse que le racisme se limite aux insultes criées à tue-tête et aux groupes suprémacistes. Que les gens racistes sont mauvais et que les gens non-racistes sont bons, alors qu’il est clair que même les gens bons, ouverts d’esprit, progressifs, éduqués et bien intentionnés peuvent exhiber (intentionnellement ou non) des comportements racistes. Ce discours montre aux enfants que le racisme est un problème que seules les mauvaises personnes ont, plutôt qu’un système qui nous implique tous. Je le répète, les enfants de 8-9 ans, lectorat cible de ce livre, sont assez matures pour aborder ces sujets. En page 1, il y a Léa qui lit un livre en classe dont le titre est « Mon combat » (Référence au livre d’Adolf Hitler). Malaise. Comme s’il était nécessaire d’en rajouter une couche.

Ensuite, à la lecture du livre, j’étais à la fois heureuse que Félix défende son ami et déçue qu’André ne s’affirme pas davantage. Nous avons tous des réactions différentes face au racisme: colère, rejet, honte, tristesse… Certains bouillonnent et éclatent alors que d’autres se replient sur eux-mêmes. C’est compréhensible, mais compte tenu qu’il s’agit d’une histoire inventée, il aurait été bien qu’on ne nous serve pas encore la recette du sauveur Blanc qui part à la rescousse de personnes racisées sans défense, comme ça se fait souvent en littérature et au cinéma. En fait, on nous raconte l’histoire de Félix-et-comment-il-a-condamné-publiquement-le-racisme-de-sa-camarade-de-classe, et non l’histoire d’André-dont-la-journée-a-été gâchée-par-le-comportement-de-sa-camarade. J’ai besoin davantage de d’histoires racontées du point de vue de personnes Noires. Que nos voix soient entendues. Que notre vision des choses soit reconnue. En littérature jeunesse et ailleurs. Pour moi, pour les enfants de mon entourage, pour les enfants Noirs et pour les enfants qui ne sont pas d’origine afro-caribéenne. Pour tous!

Finalement, André a la peau noire aborde une problématique sociale et culturelle délicate, mais n’offre qu’un début de pistes de réflexion au lecteur. En troisième de couverture, 6 questions à répondre par oui ou par non sont posées au lecteur, notamment « T’est-il déjà arrivé de te sentir rejeté? », « As-tu des amis qui ne sont pas de la même nationalité que toi? » et « Aurais-tu défendu André, si tu avais été présent ce jour-là? » Je suggère donc une lecture accompagnée par un adulte.

Auteur(s): Simon Tobin, Dannie Pomerleau
Illustrateur(s) : Oana Vaida, Oana Cocheci & Anna Benczedi
Maison d’édition: Les Éditions Passe-Temps Bouton acheter petit
Année de publication: 2014
ISBN: 9782896307234
Public cible: 8 à 10 ans

Vous aimerez peut-être: Peau noire, peau blanche, un livre d’images qui pousse la réflexion un peu plus loin.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook