Le crayon et le collier

crayon et le collierFerme un instant les yeux. Tu ne connais pas ton âge, ta vie est toute simple… Tu ne sais pas ce qu’est une école parce qu’il n’y en a jamais eu là où tu habites… Dans ton village, il n’y a pas d’électricité, pas de télé, pas d’eau au robinet, pas de salle de bains, pas de boutiques, pas de médecin… Loin de chez toi, des gens inconnus décident qu’il faut que tu apprennes à lire et à écrire… Le jour de ton entrée à l’école, une dame rousse dépose devant toi un crayon jaune… tu n’as jamais vu ça… Il y a de quoi se poser mille questions, non?

Ce livre peut être utilisé facilement en classe. D’ailleurs, le site québécois Livres Ouverts offre plusieurs pistes de réflexion et d’exploitation par des groupes scolaires de 2ème et 3ème cycle. Le récit s’intéresse à la découverte de la connaissance et à l’importance de l’éducation. Le livre se termine par un « Carnet de Route » où on en apprend davantage sur ce qui a poussé l’auteur à écrire ce livre, sur la faune et les populations humaines d’Afrique et du Kenya, sur les ONG et missions religieuses en Afrique, etc.

Je suis personnellement un peu fatiguée de lire continuellement des livres écrits par des personnes blanches sur d’autres personnes blanches qui débarquent chez une population noire pour les « sauver » ou les « éduquer ». Bien sûr, le monde dans lequel nous vivons facilite dans la réalité cette dynamique. Mais ce qui m’irrite le plus, c’est de constater que même lorsque nous avons l’opportunité d’inventer des récits, nous racontons bien souvent les mêmes histoires et ce, d’une façon réductrice pour les personnes noires. Kouria, le personnage principal est présenté comme si sa vie était incomplète avant l’arrivée de la dame (blanche) venu enseigner dans la nouvelle école de son village. Comme j’aurais aimé connaître davantage sa culture, son quotidien, ses connaissances, les savoirs des membres de son village, ses aspirations, ses rêves. Dommage.

Le livre s’adresse directement aux enfants occidentaux. Il a tout de même le mérite de les placer face à leur propre privilège (celui d’avoir l’opportunité d’aller à l’école tous les jours). À la suite de la lecture de ce livre, pourquoi ne pas entammer une discussion avec les enfants sur le privilège?

Auteur(s) / illustrateur(s) : Angèle Delaunois & Daniela Zékina
Maison d’édition: Éditions Pierre Tisseyre
Année de publication: 2001
ISBN: 2890517748
Public cible: 8 à 11 ans
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Victoire Divine : Déclaration de guerre

Victoire divine déclaration de guerreVictoire-Divine Kembonayawhé a quatorze ans, toutes ses dents, et de la répartie pour cent ! Élève douée, elle a obtenu une bourse pour fréquenter Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, le pensionnat le plus huppé de la province. Mais cette école n’a rien d’ordinaire : les élèves y sont maîtres et rois ! Chaque année, les plus populaires désignent un Intouchable, le souffre-douleur qui subira le mépris et les moqueries de tous. Victoire ne se gêne pas pour dénoncer cette tradition épouvantable, si bien que, cette fois, l’élue n’est nulle autre qu’elle… Contrairement à tous les Intouchables précédents, l’adolescente n’a pas l’intention de se laisser faire sans se battre. Une seule solution s’impose : déclarer la guerre.

Je vous le dis tout-de-go: j’ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman ! Il a pour personnage principal Victoire-Divine, une adolescente d’origine congolaise née au Québec, intelligente, qui accumule les bonnes notes à l’école, qui a du pep, qui sait prendre sa place et qui n’est pas gênée d’exister. Elle est comme ses nombreux adolescents qui fréquentent ma bibliothèque après l’école, ou qu’on croise à la sortie des cours; voilà donc un personnage réaliste et bien construit. On croirait qu’elle existe vraiment et que c’est vraiment elle qui nous raconte son histoire. L’histoire se déroule dans un pensionnat d’élite situé en région, hors de Montréal, et Victoire-Divine parle tout naturellement avec l’accent québécois, comme le fond d’ailleurs plusieurs jeunes Noirs de deuxième, troisième ou quatrième génération ici. Seule fille noire de son école, il y a aussi un garçon d’origine haïtienne, une fille d’origine asiatique et une élève d’origine arabe. Il y a aussi un surveillant d’origine haïtien que les élève de l’école secondaire ND7D surnomment en secret « Aristide » parce qu’il est « hypra tyrannique », qu’il « se prend très au sérieux » et qu’il « crie après [les élèves] s'[ils] mettent [leurs] pieds sur une chaise ou  si, tout simplement, [ils] respire[nt] trop d’air » (p. 319).

D’une certaine manière, j’ai senti que ce roman était écrit pour le lectorat afrodescendant (mais pas que, bien sûr). Le livre regorge de références et de situations qui nous sont familières sans que l’auteur ne se perdent dans des explications ou une mise en contexte qui de tout manière aurait été superflues: Les tresses qu’elle porte, les pommades pour les cheveux que lui envoie sa mère, son origine, son nom de famille pas si compliqué que ça, son statut minoritaire, son identité noire, la conscience profonde qu’elle a d’elle-même. C’est très rare de retrouver sur le marché du livre francophone ce genre de personnage principal en littérature jeunesse.

NOOOON. Pas basketball, je vous en prie, Dieu Marie Joseph Toutankhamon ? Pourquoi fallait-il qu’il pleuve aujourd’hui ?! Nous sommes forcées de nous taper le pire sport du monde (après le golf et la ringuette). Je HAIS le basketball ! Bon, OK, je hais tous les sports, mais plus particulièrement le basketball, puisque tout le monde s’attend à ce que j’y excelle, vu que je suis grande et Noire. C’est comme croire que tous les Asiatiques sont ceinture noire au judo. Même combat. (p. 131)

Tout allait plutôt bien pour Victoire-Divine jusqu’au jour où elle est déclarée Intouchable après avoir aidée une collègue de classe victime d’intimidation. Ce sera désormais elle qui sera la cible des moqueries qui se révéleront de plus en plus méchantes, tranchantes et sournoises. Certains passages sont difficiles à lire. On va plus loin que les insultes lancées un peu mollement dans les couloirs de l’école. L’intimidation à ND7D pousse Victoire-Divine à abandonner son dortoir et à dormir dans la salle des machines, à nettoyer son pupitre où a été déversée une poubelle, à recevoir des dizaines et des dizaines de courriels haineux, à se faire appeler « Bamboula », à se faire dire que ses cheveux de « rastamen » et « pas lavés depuis des semaines » (p.202) sentent mauvais, à se faire traiter de « fucking laide », de se faire répéter sans cesse de « dégager », etc., etc., Et comme si ce n’était pas assez, même la prof du cours d’Éthique et Culture Religieuse se montre raciste et lance un maladroit « Voyons, Victoire. Es-tu là ? Y a-t-il des chaises dans ton pays? » alors que les autres élèves avaient caché sa chaise. Mais Victoire ne plie pas. Pas totalement. Elle répliquera d’ailleurs, fulminante de colère:

« Pardon? Non, y en a pas ! Ma mère a reçu toute son éducation assise sur des bottes de foin au milieu des lions, TSÉ ! » (p.220)

La déclaration de guerre est un roman drôle tout de même, car Victoire-Divine nous sert des barbarismes savoureux (les imbécioles, vous connaissez? 😉 ), donne à ses professeurs des surnoms hilarants et entretien avec sa mère une relation douce-amère qui donne lieu à des échange très cocasses. Le roman intègre des pages formatées comme l’écran d’un cellulaire où sont échangés des messages ou des courriels, des copies de feuilles mobiles écrites à la main ou des post-its laissés ça-et-là. Bref, la lecture de ce roman est fortement recommandée ! J’ai déjà hâte de connaître la suite et de lire le deuxième tome (qui devrait s’intituler « État Voyou »). Contexte québécois.

Édith Kabuya est une auteure canadienne.

Édith Kabyuya

Je remercie les éditions de Mortagne de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Édith Kabuya
Maison d’édition: Éditions de Mortagne Bouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782896628810
Public cible: Ados

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Aina, Lalatiana et Alisoa vivent à Madagascar

vivent madagascarFaire connaître aux enfants d’ici la vie quotidienne des enfants d’ailleurs, telle est l’ambition de la collection Enfants d’ailleurs. Ce livre présente trois enfant vivant à Madagascar. Aina vit à Vohipeno, un village situé sur la côte Est de l’île. Lalatiana vie à Antananarivo, la capitale. Alisoa vit à Ilakaka, un village aux allures de western.

Les faits sont relatés sont réels, mais les personnages (Aina, Lalatiana et Alisoa) sont fictifs. Le texte est assez dense, mélangeant faits vérifiables et tranches de vie des personnages. Approprié pour les enfants plus vieux car certains concepts politiques sont abordés avec franchise (corruption, pratiques illicites, enjeux mondiaux, exportations, etc.) De petites illustrations ponctuent quelques fois le texte. Présence des quelques photographies, ce qui m’a beaucoup plu. On s’adresse à l’enfant français et les comparaisons (grandeur de l’île, mode de vie, etc.) sont par rapport à la France. Peut-être pas idéal pour l’enfant québécois car il ne connait pas nécessairement bien la France. De plus, l’absence d’index ou de glossaire à la fin du livre rend la recherche d’information difficile. Ainsi, ce livre est davantage approprié pour la lecture récréative que pour la recherche scolaire.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Dorine Leleu & Sophie Duffet
Maison d’édition: De La Martinière Jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 2008
ISBN: 9782732438108
Public cible: À partir de 9 ans

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