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Ayanda: La petite fille qui ne voulait pas grandir

ayanda fille grandirAyanda était une petite fille heureuse, toujours souriante. Un jour, une guerre terrible éclata. Une guerre insensée. Son papa, si doux, si gentil, fut forcé d’aller se battre. Il ne revint jamais. Le cœur d’Ayanda fut brisé. Son chagrin se transforma en colère, elle décida alors d´arrêter de grandir.

Dans cet album tout en poésie, on découvre le chagrin d’une petite fille jadis pleine d’entrain face à la guerre. Refuser de grandir pour ne pas devenir comme les adultes imparfaits que tous deviendront un jour, c’est symboliquement très fort. Refuser le système. Refuser les attentes qui nous enferment dans un moule. Refuser la guerre, les conflits. Et peut-être aussi, refuser de comprendre la guerre, car elle est incompréhensible; toute démarche pour tenter de la justifier est vaine. Ayanda refuse d’entendre tout ça. Ayanda veut rester simplement Ayanda, heureuse, souriante, dans un monde beau et rassurant. Le récit de Véronique Tadjo aborde avec délicatesse et justesse le désenchantement que vivront tous les enfants, à un âge plus ou moins précoce. Les illustrations de Bertrand sont un plaisir pour l’imagination et les tons ocres et couleurs chaudes donnent une chaleur inattendue à l’album. J’ai adoré la manière dont il a allongé les torses et les membres des personnages; cela donne beaucoup de dynamise aux illustrations. Et cette image sublime où la famille de Ayanda devenue géante tente de la faire littéralement rentrer chez elle, ses pieds dépassant inlassablement de la porte d’entrée…

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Les thèmes abordés sont durs, les images aussi. On fait explicitement référence à la guerre, à la mort, au deuil, à la cruauté. Les illustrations montrent des armes, des chars d’assaut militaires, la peur et la détresse sur les visages des personnages. Le père de Ayanda meurt à la guerre. Sa grand-mère meurt peu après de vieillesse. Sa mère est fortement malada et hospitalisée. Ayanda, réalisant qu’elle doit désormais s’occuper de son petit frère seule, décide de se laisser grandir, jusqu’à devenir une géante… On reproche à Ayanda-petite qu’aucun homme ne voudra l’épouser si elle refuse de grandir, mais Ayanda s’en soucie peu. On reproche à Ayanda-géante qu’elle ne trouvera jamais un mari à sa taille, mais ça lui est égale. Car Ayanda est une femme qui lutte. Elle lutte contre les oppressions, contre les massacres de la guerre, contre les attentes réductrice que la société a envers elle… Elle va même jusqu’à affronter, sans armes, des agresseurs armés pour sauver son village. Une femme forte, vous dites? J’ai A-DO-RÉ cet album, quel petit bijou de littérature.

Cet album serait parfait pour le cours d’éthique et culture religieuse, de morale, de philosophie ou de formation personnelle et sociale au niveau scolaire pour des élèves de 10-11-12 ans. Détrompez-vous; les albums d’images ne sont pas que destinés à la petite enfance! Enseignants et instituteurs, utilisez cet album en classe et questionnez vos élèves sur le sens de la guerre, sur le deuil, sur la perte de l’enfance; vous serez étonnés que même si jeunes, ils sont capables de développer un esprit critique.

Coup de <3!

Auteur(s) / illustrateur(s) : Véronique Tadjo & Bertrand Dubois
Maison d’édition: Actes Sud Junior
Année de publication: 2007
ISBN: 9782742769995
Public cible: 7 à 11 ans
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En savoir plus sur l’auteure franco-ivoirienne Véronique Tadjo

véronique Tadjo

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Enfants cherchent parents trop bien (pas sérieux s’abstenir!)

enfants cherchent parents trop bienIl y a bien longtemps, vivait une petite fille qui faisait la joie de ses parents. Hélas! le malheur, on le sait, arrive souvent sur la pointe des pieds… Et voilà Élise obligée de vivre avec une femme qui n’a vraiment rien d’une mère.

Les parents ne sont pas parfaits. Ils font des erreurs, ils blessent parfois, ils mettent la honte à leurs enfants, ils ont de ses idées farfelues, ils sont trop poules, trop laxistes, trop différents des autres, trop stressants, trop stressés, trop désinvoltes, trop sérieux, trop impliqués, trop curieux , trop cools ou pas assez… Ils sont parfois racistes, ont la gueule de bois, ils fument sans arrêt,  ils mentent, ils oublient de venir chercher leurs enfants, parfois ils ne les aiment pas (ou ils les aiment trop)… Tout ça, ce livre jeunesse l’aborde avec justesse par le biais de petites annonces placées par les enfants voulant changer de parents. Génialissime. Attention! Pour lecteurs avertis.

Fille haïtienne adoptée, 8 ans, cherche parents noirs pour passer inaperçue. Cède ses gentils parents adoptifs bien blancs à enfant russe ou roumain. Arrangement à l’amiable si langue française courante. (p. 31).

Auteur(s) / illustrateur(s) : Élisabeth Brami & Loïc Froissart
Maison d’édition: Seuil jeunesse
Année de publication: 2014
ISBN: 9791023501216
Public cible: À partir de 7 ans
Vous aimerez peut-être: D’un monde à l’autre, un livre jeunesse qui explore ce qui définit être parent (surtout d’un point de vue de l’adoption).

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Un homme

un hommeAuteur(s) / illustrateur(s) : Gilles Rapaport

Maison d’édition: Circonflexe

Année de publication: 2007

ISBN: 9782878334166

Public cible: À partir de 9 ans

Résumé: « Qui suis-je ? » Un esclave selon les dictats du code noir. Mais l’homme qui pose la question s’adresse à celui qui fût son maître tout en interpellant le lecteur et demande ce qui peut justifier son quotidien : violence, humiliation, souffrance … Le sentiment d’injustice et l’incompréhension lui donnent ce regard noir, plein de détermination farouche et de rage désespérée. Jamais il ne renoncera à ce qui fait de lui un homme : sa liberté.

Mon avis: Voilà un livre d’image pour les plus grands qui pousse à la réflexion (j’attendrais 9 ou 10 ans avant de faire lire ce livre à un enfant). Le thème de l’esclavage est amené de façon nouvelle par le biais d’une narration faite par un esclave qui, à la manière d’un journal intime ou de mémoires, adresse à son bourreau des mots qu’il n’osera jamais lui dire en face. L’histoire est racontée au rythme des souvenirs que se remémore le narrateur. Ce rythme narratif saccadé soutient bien la lourdeur du thème abordé. La calligraphie et la police utilisée enrichit le texte; certains mots ou phrases écrites en gros et en caractères gras mettent l’accent de manière textuelle sur la détresse du narrateur et sur la violence qui lui est infligée. Les illustrations aux tracés grossiers et nerveux, et aux couleurs sombres soutiennent de manière juste la noirceur, tristesse et la violence des faits qui y sont relatés en dotant l’histoire d’une atmosphère visuelle appropriée. La partie fictive de l’album est suivie d’un court dossier explicatif sur le Code noir et les deux parties se complètent bien. À la lisière du fictif et du réel, Un Homme en dit beaucoup, mais pas trop, sur l’esclavage tout en laissant la porte ouverte à la réflexion et à la discussion. Attention: Pour lecteurs avertis!

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