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Le prince bégayant

prince bégayantLe jeune prince africain semble comblé par les dieux. Il a la beauté, la force et la gaieté. Sans peine, il apprend à maîtriser les arts de la lutte, de la danse et de la chasse. Mais dès qu’il veut parler, immanquablement, le prince bégaye. Lui, le superbe, est incapable de s’exprimer. La blessure de son orgueil grandit avec lui et le prince une fois adulte n’est plus que haine. Il fait la guerre sans fin, devient le plus terrible des guerriers. Les victoires se multiplient, sa blessure demeure. Épuisé, le prince quitte le monde des hommes pour celui des animaux, «le pays étrange des êtres qui vont sans mots». Au terme de cette initiation, le prince aura appris l’amour, le bonheur et la façon de se passer de mots.

Cet album est tout simplement magnifique. Le récit est propice à favoriser le développement de l’esprit critique des jeunes. Il est facile de s’identifier au personnage, ou du moins de comprendre son mal-être. Car on peut être aimé, adulé et admiré, mais être aux prises avec des démons intérieurs. Le texte est fluide, rythmé et touchant, et il accompagne très bien les illustrations aux tons terreux ponctués de couleurs plus vives. Un voyage initiatique, un conte sur le passage à l’âge adulte, plein de douceur, de blessures, de poésie et d’humanité. J’ai adoré cet album et j’en recommande vivement la lecture. Attention! Pour lecteurs avertis. Adapté à une animation en classe.

* Prix Chrétien de Troyes 2007

Coup de ❤ !

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Auteur(s) / illustrateur(s) : François Place
Maison d’édition: Gallimard Jeunesse
Année de publication: 2006
ISBN: 9782070550692
Public cible: 9 à 13 ans
Vous aimerez peut-être: Ayanda, la petite fille qui ne voulait pas grandir, un album jeunesse pour les plus grands ou encore Je m’appelle Baraka, un livre biographique sur un garçon handicapé.

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Akissi: Attaque de chat

akissi chatsPauvre Akissi ! Les chats du quartier la poursuivent pour lui prendre son poisson, son petit singe Boubou manque de finir à la casserole avec une bonne sauce graine, et elle n’est qu’un misérable margouillat aux yeux de son grand frère Fofana… Mais il en faudrait beaucoup plus pour décourager Akissi. Car cette petite fille-là est survitaminée, une aventurière, une championne du monde de la bêtise, un piment.

De Marguerite Abouet, j’ai lu Aya de Yopougon et Bienvenue, deux bandes dessinées pour adultes. Akissi s’inscrit dans la même veine que ses précédentes: on est dans le quotidien et on suit un personnage principal féminin ayant une personnalité forte. La série Akissi s’adresse à un lectorat plus jeune. Diverses tranches de vie y sont présentées, chacune étant introduite par une case en pleine page. Le ton est léger et humoristique. Les tours et bêtises d’Akissi peuvent paraître méchantes (tirer la queue du chat, jouer avec un bébé comme si c’était une poupée et l’amener seule en ville, etc.), mais l’intention n’est pas mauvaise. Il faut dire qu’Akissi a un caractère bien trempé: elle se bat, ment à son père et nargue son frère. Mais tous les enfants, à divers degrés, se chamaillent, ne disent pas toujours la vérité et ont des conflits avec leurs frères ou soeurs. Akissi ne se laisse pas faire et j’ai aimé cette facette de la personnalité du personnage.

Les illustrations sont vivement colorées, légèrement troubles et réussies. Les enfants aimeront sûrement cette série dont Attaque de chats est le premier tome. Le livre se termine par des « Pages Bonus » où on retrouve un lexique des mots et expressions africaines, ainsi qu’une recette de crottes de biques au coco! Amusant.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Marguerite Abouet & Mathieu Sapin, d’après l’univers graphique de Clément Oubrerie
Maison d’édition: Gallimard jeunesse
Année de publication: 2010
ISBN: 9782070628025
Public cible: 7 à 10 ans

Vous aimerez peut-être: Dipoula l’albinos: La vie Gabonaise, une bande dessinée humoristique sur le quotidien d’un jeune garçon en Afrique.

En connaître davantage sur l’auteure, Marguerite Abouet

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Une enquête signée Betty

enquête bettyBetty se dirige vers la station de métro parisienne Château-Rouge… quand elle assiste à un kidnapping ! Un homme pousse une femme à l’intérieur d’un taxi qui part en trombe. Dans la panique, un objet tombe du sac-à-dos de la femme : une statuette africaine. Betty la ramasse, la met dans son sac et décide qu’à partir de ce moment, sa mission (et un peu aussi celle de Lucas, son amoureux) sera de délivrer la femme à la statuette !

Cela faisait un bon moment que ce livre attendait dans ma pile de livres à lire en vue d’un nouveau billet pour Mistikrak!. Je me suis finalement décidée à le lire cet après-midi, en n’ayant aucune attente. Et voilà que l’intrigue m’a happée de plein fouet; dès les premières pages, on meurt d’envie de connaître la suite. L’intrigue est géniale et Betty est un personnage comme je les aime: futée, intelligente, débrouillarde et pleine de bonnes intentions. L’enquête qu’elle va mener nous entraîne dans plusieurs quartiers de Paris (un ville que je connais mal, mais l’auteur a bien réussi à me faire croire que j’y étais pendant ma lecture!). L’enquête permet également au lecteur d’en connaître beaucoup sur la culture africaine et ses nombreux pays: Ghana, Gabon, Sénégal, Mauritanie, Burkina Faso, Togo… Niveau culture aussi, le lecteur est bien servi: pagnes, bananes plantains, gombos, safous, le chanteur Papa Wemba, la groundnut sauce, et j’en passe. L’auteur a bien fait ses devoirs côté recherches, bravo! Plein de suspense et de rebondissements, ce polar plaira aux enfants dès l’âge de 10 ans. Contexte français.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Alain Korkos
Maison d’édition: Éditions Nathan
Année de publication: 2015
ISBN: 9782092555736
Public cible: 10 à 13 ans
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Ayanda: La petite fille qui ne voulait pas grandir

ayanda fille grandirAyanda était une petite fille heureuse, toujours souriante. Un jour, une guerre terrible éclata. Une guerre insensée. Son papa, si doux, si gentil, fut forcé d’aller se battre. Il ne revint jamais. Le cœur d’Ayanda fut brisé. Son chagrin se transforma en colère, elle décida alors d´arrêter de grandir.

Dans cet album tout en poésie, on découvre le chagrin d’une petite fille jadis pleine d’entrain face à la guerre. Refuser de grandir pour ne pas devenir comme les adultes imparfaits que tous deviendront un jour, c’est symboliquement très fort. Refuser le système. Refuser les attentes qui nous enferment dans un moule. Refuser la guerre, les conflits. Et peut-être aussi, refuser de comprendre la guerre, car elle est incompréhensible; toute démarche pour tenter de la justifier est vaine. Ayanda refuse d’entendre tout ça. Ayanda veut rester simplement Ayanda, heureuse, souriante, dans un monde beau et rassurant. Le récit de Véronique Tadjo aborde avec délicatesse et justesse le désenchantement que vivront tous les enfants, à un âge plus ou moins précoce. Les illustrations de Bertrand sont un plaisir pour l’imagination et les tons ocres et couleurs chaudes donnent une chaleur inattendue à l’album. J’ai adoré la manière dont il a allongé les torses et les membres des personnages; cela donne beaucoup de dynamise aux illustrations. Et cette image sublime où la famille de Ayanda devenue géante tente de la faire littéralement rentrer chez elle, ses pieds dépassant inlassablement de la porte d’entrée…

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Les thèmes abordés sont durs, les images aussi. On fait explicitement référence à la guerre, à la mort, au deuil, à la cruauté. Les illustrations montrent des armes, des chars d’assaut militaires, la peur et la détresse sur les visages des personnages. Le père de Ayanda meurt à la guerre. Sa grand-mère meurt peu après de vieillesse. Sa mère est fortement malada et hospitalisée. Ayanda, réalisant qu’elle doit désormais s’occuper de son petit frère seule, décide de se laisser grandir, jusqu’à devenir une géante… On reproche à Ayanda-petite qu’aucun homme ne voudra l’épouser si elle refuse de grandir, mais Ayanda s’en soucie peu. On reproche à Ayanda-géante qu’elle ne trouvera jamais un mari à sa taille, mais ça lui est égale. Car Ayanda est une femme qui lutte. Elle lutte contre les oppressions, contre les massacres de la guerre, contre les attentes réductrice que la société a envers elle… Elle va même jusqu’à affronter, sans armes, des agresseurs armés pour sauver son village. Une femme forte, vous dites? J’ai A-DO-RÉ cet album, quel petit bijou de littérature.

Cet album serait parfait pour le cours d’éthique et culture religieuse, de morale, de philosophie ou de formation personnelle et sociale au niveau scolaire pour des élèves de 10-11-12 ans. Détrompez-vous; les albums d’images ne sont pas que destinés à la petite enfance! Enseignants et instituteurs, utilisez cet album en classe et questionnez vos élèves sur le sens de la guerre, sur le deuil, sur la perte de l’enfance; vous serez étonnés que même si jeunes, ils sont capables de développer un esprit critique.

Coup de <3!

Auteur(s) / illustrateur(s) : Véronique Tadjo & Bertrand Dubois
Maison d’édition: Actes Sud Junior
Année de publication: 2007
ISBN: 9782742769995
Public cible: 7 à 11 ans
Vous aimerez peut-être: Rougejaunenoireblanche, un album jeunesse parfait pour développer le sens critique des jeunes enfants.

En savoir plus sur l’auteure franco-ivoirienne Véronique Tadjo

véronique Tadjo

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