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L’arbre aux fruits amers

1arbre-aux-fruits-amers930. Dans le sud profond d’une Amérique toujours ségrégationniste, James Cameron, adolescent noir sans histoire, vit avec sa mère à Marion, une petite ville de l’Indiana. Entraîné par deux amis, Tommy et Abel, il prend part à un braquage qui tourne au drame. Les trois amis sont arrêtés. Ameutée par le Ku Klux Klan, une foule blanche crie vengeance et envahit la prison…

Les évènements qui servent de toile de fond à ce roman sont authentiques. Ils ont inspiré le poète Abel Meeropol qui écrivit en 1937 Strange Fruit (Fruit amer), magnifique poème interprété plus tard par la chanteuse afro-américaine Billie Holiday et connu dans le monde entier.

Mon avis

Ce roman m’a accroché dès les premières pages et j’ai eu du mal à le laisser de côté. La plume de Wlodarczyk est fluide, précise, franche. Un style qui se marie parfaitement bien au propos du livre qui aborde racisme et violence avec honnêteté. Même s’il s’agit d’un livre pour enfants, l’auteur n’hésite pas à parler de manière crue et sans détour du Ku Klux Klan et des pendaisons tout au long du récit. Le tout est assez dur, on espère y apercevoir une parcelle d’espoir, mais celle-ci n’arrive pas. Car même si Cameron vit par sortir de prison, il a tout de même été injustement traité, été victime de racisme, été lynché, été pendu – pis encore, il a survécu à sa pendaison – et on sait que bien d’autres Noirs de l’époque ont connu la même chose sinon pire.

L’arbre aux fruits amers est un récit court et intense qui se clôt avec un dossier historique complet sur l’esclavage, la ségrégation, les lynchages et le mouvement des droits civiques.

Hudson se retint pour ne pas lui cracher au visage. Il était hors de lui. À ses yeux, James était un traîte à la cause. Un de ces fils de putain qui pourrissaient les quartiers noirs. Aux yeux de James, Hudson était un oncle Tom, un de ces Noirs investis dans la cause blanche pour se blanchir soi-même. Deux logiques noires plus éloignées l’une de l’autre que les Blancs et les Noirs entre eux.

Coup de <3!

Auteur(s) / illustrateur(s) : Isabelle Wlodarczyk
Maison d’édition: Oskar Jeunesse
Année de publication: 2012
ISBN: 9782350009735
Public cible: 13 ans et plus
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The Boondocks: Parce que je sais que tu ne lis pas le journal

boondocksCréée sur Internet en 1996, puis reprise dans un magazine étudiant, la série BOONDOCKS (littéralement: « quartier ennuyeux ») a mis moins de cinq ans pour conquérir les lecteurs de plus de 250 magazines et quotidiens américains. Les personnages d’Aaron McGruder consacrent l’irruption de la culture hip-hop dans le monde de la BD. Aucun sujet n’est passé sous silence: racisme, préjugés des noirs à l’égard des blancs, violence, drogue, lutte contre le terrorisme, fausses idées des blancs à l’encontre des noirs, problèmes d’éducation… Évitant toute complaisance, Aaron McGruder fait sauter tous les garde-fous de la bien-pensante!

Mon avis

Je fais une petite exception pour cette BD, qui s’adresse surtout aux adultes, mais qui peut être lue dès l’âge de 13 ans, car je voulais absolument la présenter sur ce blog. Riley, 8 ans, est rebelle et admire l’univers des gangs de rue et de la culture gangsta rap. Son grand frère, Huey, s’intéresse plutôt au Black Power, à la lutte contre le racisme et à la justice sociale. Les deux garçons quittent leur ville natale de Chicago pour déménager à Woodcrest, une banlieue ennuyante et blanche parce que leur grand-père, avec qui ils vivent, souhaite une vie tranquille pour sa retraite.

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La BD se présente comme une série de strips, à l’origine publié dans un journal. Le ton est parfois hilarant, souvent irrévérencieux. Riley et Huey, malgré leur jeune âge, parlent de tout, même si leurs opinions peuvent offenser. Cette version publiée chez Dargaud permet aux francophones de connaître la série, dont il existe une série télé non traduite en français (voir vidéo ci-bas). Les personnages sont des archétypes des différentes manières dont l’identité afro-américaine se présente; dans chaque personnage on peut reconnaître une personne que l’on connaît. Le grand-père, qui a vécu plusieurs évènements clés du mouvement des droits civiques; Thomas Dubois, le voisin coincé ayant professionnellement réussi dont le comportement rappelle celui d’un homme blanc de la haute société; Jazzmine, une naïve enfant métisse qui tente désespérément de nier son identité noire; et oncle Ruckus, un afro-américain qui idolâtre la culture esclavagiste (pour ne nommer que ceux là).

The Boondocks a le mérite de dire tout haut ce que bien des gens n’osent pas dire même tout bas. Aaron McGruder donne une voix sans complexe à la communauté afro-américaine et ne tente pas de plaire à la majorité. Pour cela, je lui lève mon chapeau.

Auteur(s) / illustrateur(s) : McGruder, Aaron
Maison d’édition: Éditions Dargaud
Année de publication: 2003
ISBN: 2871294542
Public cible: 13 ans et plus

En savoir plus sur l’auteur afro-américain Aaron McGruder

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Eben ou les yeux de la nuit

Eben-ou-les-yeux-de-la-nuitDans la Namibie d’aujourd’hui, Eben, un garçon de l’ethnie Herero, découvre qu’il porte en lui la marque de l’Histoire dramatique de son ethnie, victime d’un des premiers génocides du XXe siècle, perpétré par l’armée allemande. Lui qui a la peau sombre, il a voulu arracher ses yeux bleus le jour où il a découvert d’où leur venait cette couleur particulière.

Quelle bonne idée de faire découvrir aux jeunes un pan peu connu de l’Histoire coloniale à travers un personnage fictif. J’ai adoré le ton, ce personnage qui écrit pour évacuer un trop plein de colère, de peine, d’incompréhension, de violence. J’ai trouvé certains passages un peu répétitifs, mais somme toute, voilà un livre que j’ai bien aimé. Il aurait été bien d’inclure quelques pages informatives ou documentaires sur les faits entourant le génocide des Hereros et des Namas. Pour plus d’information, on lira Blue Book, sauf que ce dernier est destiné aux adultes… Les adolescents curieux et passionnés d’histoire aimeront peut-être, les plus jeunes se contenteront de Eben ou les yeux de la nuit.

Auteure : Élise Fontenaille-N’Diaye
Maison d’édition: Éditions du Rouergue
Année de publication: 2015
ISBN: 9782812607424
Public cible: À partir de 13 ans

Les allemands étaient à l’étroit chez eux, ils cherchaient de nouveaux territoires, pour une plus grande Allemagne… alors ils ont décidé que ce serait ici – chez nous – en Namibie. Et nous, il ont fait comme si on n’était pas là, comme si on n’existait pas. Tout ça, c’est Isaac qui me l’a raconté. (p.16)

Un livre jeunesse pour souligner le Mois de l’Histoire des Noirs.

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Sur les traces de Loubaye Dantor

loubaye dantorAuteur(s) / illustrateur(s) : Jean Fils-Aimé

Maison d’édition: Bayard Canada

Année de publication: 2015

ISBN: 9782895796671

Public cible: À partir de 13 ans

Résumé: Entre les jokes à l’école et les explications sur mes origines haïtiennes, j’ai l’impression d’être un alien. Mes parents auraient vraiment pu trouver mieux. C’est bien simple, je déteste ce prénom. Je supporte encore moins tout ce qu’il représente. Il me condamne à ne jamais m’éloigner de mes racines, alors que je suis avant tout Québécois. Je refuse d’être enfermé dans une culture, dont j’ignore presque tout. C’est un pays associé à la misère et aux catastrophes naturelles. Mais si cette île avait bien plus à m’offrir?

Mon avis: La littérature jeunesse manque de diversité ethnique et raciale. Quel vent de fraîcheur que de lire ce livre dont le personnage principal, né au Québec (Canada), est d’origine haïtienne. Une rareté dans le paysage de l’édition adressée aux enfants. Les questionnements de Loubaye sur son identité (est-il québécois ou haïtien?), le rejet de ses origines haïtiennes tout en ayant le sentiment de ne pas être totalement québécois… plusieurs ados de la deuxième génération d’immigration pourront s’y identifier. On en apprend un peu sur Haïti et sur sa richesse. Très court, ce livre est un « mini-roman pour adolescents », de petits livres de moins de 100 pages, à la mise en page aérée (on aime ou pas), qu’on lit en un trajet aller-retour en autobus ou en métro. Ce format plaira aux lecteurs récalcitrants. Le ton est parfois un peu trop calculé et les dialogues, peu naturels, rendant le récit mécanique. Quelques passages invraisemblables au niveau du récit. Malgré tout, voilà un livre à lire, si ce n’est pour montrer aux ados racisés qu’il existe des romans dont les personnages principaux les ressemblent, et qui se posent les mêmes questions qu’eux sur leur identité et sur leur place dans le monde. Certains passages sexistes. Quelques passages créoles (traduits en bas de page). Contexte québécois.

Je n’aime pas qu’on m’enferme dans une identité. Je me sens comme dans une cellule de prison. Ou une camisole de force. Je suis Haïtien d’origine, mais aussi un Québécois d’un genre nouveau. Je suis né ici. J’aime le rap, le hip-hop et le slam. On me considère comme un Noir. Je crois plutôt que je suis black. Voilà qui je suis vraiment. J’ai bien dit black! Noir, pour moi, c’est négatif et réducteur. Ça fait appel à la couleur de la peau.  Être black, c’est plus qu’une couleur. C’est un style de vie, une façon d’habiter le monde. (p.26)

Découvrez l’auteur et essayiste canadien Jean Fils-Aimé

jean fils aimé

Vous aimerez peut-être: Oublier Camille, un mini-roman pour ados sur un garçon qui doit apprendre à accepter sa mixité raciale et qui se questionne sur son orientation sexuelle.

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Oublier Camille

camilleAuteur(s) : Gaël Aymon

Maison d’édition: Actes Sud Junior

Année de publication: 2014

ISBN: 9782330034290

Public cible: À partir de 13 ans

Résumé: Yanis est fou amoureux de Camille. Mais « assurer » avec une fille, prendre l’initiative, agir, c’est plus facile à dire qu’à faire. Devenir un homme, oui, mais quel homme? Paralysé par le doute, Yanis est tenté d’esquiver, puis de fuir… pour oublier Camille. Au risque d’être rattrapé par ses sentiments.

Mon avis: Un roman pour adolescents de 76 pages à peine, qui s’inscrit dans la vague « mini romans pour ado » des dernières années. Ici, un garçon de 16 ans, métissé, amoureux d’une fille et pas le courage de le lui dire. S’en suit une série de remises en questions sur son amour pour elle, sur ses sentiments, ses désirs, sa virilité, son orientation sexuelle et son identité. Un roman initiatique qui se digère bien. Il aurait été intéressant d’explorer davantage la question de l’identité raciale chez Yanis. Certains propos homophobes pourraient offenser certains lecteurs. Contexte français.

Je vois mon reflet dans la glace de l’armoire, en face de mon lit, et je me déteste. D’habitude, je me trouve plutôt bien foutu. Sauf mes cuisses, qui devraient être plus musclées, et mon visage. J’aurais voulu être blanc ou noir, mais ce mélange, je déteste. Mes cheveux, on ne peut rien faire avec. (p.21)

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