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Uppercut

uppercut AhmedPlacé dans un internat pour garçons difficiles, Erwan est envoyé en stage dans un centre équestre, après une fugue. Ce garçon métis, né d’un père sénégalais et d’une mère bretonne, est habitué à se battre, à la moindre remarque sur sa couleur de peau. Et il rêve de devenir boxeur. Face à Gilbert, le directeur du centre, qui lance des blagues racistes sans même s’en rendre compte, il va devoir apprendre à ne plus réagir au quart de tour. Un beau portrait d’adolescent à la dérive trouvant enfin à canaliser sa violence.

On est plongé dans le récit dès les premières pages. En tant que lectrice noire, je me suis sentie très proche du personnage principal, surtout dans ses questionnements, ses doutes et ses craintes. Erwan est passionné de boxe, et surtout de boxe américaine. Il connaît sur le bout des doigts les parcours de Classius Clay, bien sûr, et de Rubin Carer, son idole. L’adolescent est très conscient de la couleur de sa peau: il sait qu’elle le suit partout, où qu’il aille et qu’elle teinte sa vision du monde. Né d’une mère bretonne et d’un père sénégalais, malgré son métissage, Erwan déplore le fait que c’est sa négritude qu’on voit en premier. Après tout, il « ne se balade pas avec un drapeau de la Bretagne dans le dos » (p.20). Le regard que lui lance un fermier blanc occupera d’ailleurs toutes ses pensées.

« Je n’ai jamais compris l’expression jeter un regard noir. Mais interpréter un violent regard de Blanc vers un Noir, oui. C’est ce que venait de faire Gilbert, le fermier. Dans la voiture qui nous ramenait au collège je me refaisais le film du moment passé au centre équestre. De l’arrivée presque insouciante à la poignée de main, ni franche ni vraiment accueillante. Et ces yeux pleins d’étonnement que j’ai traduits par des mots dans l’instant. Merde, ils m’amènent un bronzé. Vous vous rendez compte, un basané dans mes pattes! » (p.33)

L’auteur prend soin de ne pas résumer le racisme qu’aux insultes criées dans les bars ou dans la rue. Dans la première partie du récit se déploient les tentacules d’un racisme beaucoup plus complexe qui se manifeste par l’inégalité des chances, les préjugés, un système qui désavantage les personnes noires. Toutefois, dans la deuxième partie du récit, les insultes racistes sont nombreuses, sans que cela n’ajoute grand-chose au récit. Quelques exemples auraient été suffisants, afin de faire avancer le récit plus rapidement et ne pas perdre le rythme soutenu qui m’avait personnellement tant plus au début du roman.

« Au début de mon séjour à l’internat, il m’a simplement arraché le cœur un peu plus. Alors que souvent j’ai eu envie de détacher cette peau que le père Noël n’a pas. Cette peau qui a coûté la mort à neuf personnes, dans une église de Charleston, en Caroline du Sud, au mois de juin 2015. Parce qu’elles étaient noires, un taré a décidé qu’elles devaient mourir. Le nom de la ville m’a sauté aux yeux, car c’est à Paterson que la vie de Rubin Carter a basculé. C’est là qu’avait eu lieu la fusillade au bar Lafayette. Dans l’Article de journal qui a attiré mon regard au CDI du collège, on dit qu’au procès, le Blanc qui les avait tués ne regrettait pas son geste. Il était écrit aussi que les juges venaient de le condamner à mort. » (p. 73)

J’ai lu ce roman en une fin de soirée chaude et humide, allongée sur ma galerie montréalaise. D’ici, la France me paraissait bien loin, tout comme les États-Unis auxquels Erwan voue une passion. Ils me paraissaient si loin, et en même temps si proches. Erwan est un personnage fictif, mais il existe aussi en chacun de nous.

Uppercut est un roman réussi, tant sur la forme que sur le fond. Des notes en bas de page qui donnent de l’information additionnelle sur les Black Panters, le KKK, l’expression « Mister Charlie », la chanson « Strange fruit » de Billie Halliday, ou la tuerie par un homme blanc dans une église afro-américaine de Charleston en 2015. J’aurais toutefois aimé plus de références au contexte français puisque c’est dans ce pays que ce déroule le récit. J’aurais aimé savoir ce qui a secoué les Noirs de France, des faits divers aux événements historiques. Les éditions de Rouergue ont également très bien choisi la page couverture; on y voit un garçon qui noue un ruban autour de sa main tel un boxeur professionnel, qui se prépare pour un combat. Pas que sur le ring; mais dans la vie aussi.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Ahmed Kalouaz
Maison d’édition: Rouergue jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782812614910
Public cible: 13 ans et plus.

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Antoinette

AntoinetteAntoinette a trois frères bouledogues, Rocky, Ricky et Bruno. Elle n’est ni la plus rapide, ni la plus intelligente, ni la plus forte. Sa maman lui dit qu’elle a forcément quelque chose d’extra particulier, mais en fait, Antoinette ne sait pas trop ce que c’est. Jusqu’au jour où…

Ce sont des chiens qui occupent la place centrale du récit. Les personnages humains, lorsque représentés, sont surtout non-blancs. Les enfants n’auront tout de fois aucune difficulté à se projeter dans la peau des chiots de l’histoire. La morale du récit informe le lecteur que tout un chacun a une qualité ou un talent particulier qui lui est propre. Certains sont intelligents, courageux, persévérants, alors que d’autres sont comiques, patients ou généreux. Les illustrations, véritable travail d’artiste, utilisent des techniques mixtes tels que le collage, la peinture ou estampe. Il existe dans cet album un équilibre parfait entre le texte et les illustrations, faisant de ce livre un petit bijou de littérature, idéal pour une heure du conte auprès des 4 à 8 ans.

* Gagnant du choix des parents 2017 de la maison d’édition Simon et Schuster.

Coup de cœur !

Christian Robinson est un illustrateur américain.

christian robinson

Auteur(s) / illustrateur(s) : Kelly Dipucchio & Christian Robinson
Maison d’édition: Hélium Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782330075156
Public cible: À partir de 4 ans
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London mystery club

London mystery clubQuatre collégiens, à la tête d’un blog spécialisé dans les phénomènes étranges et paranormaux, mènent l’enquête. Pour leur première affaire à résoudre, Kyle, Ashley, Zoey et Tyler vont devoir faire face à d’inquiétants loups-garous qui envahissent Hyde Park… Au fil des indices, cette aventure les mènera dans les endroits les plus mystérieux de Londres !

Les amateurs de polar seront bien servis en lisant cette bande dessinée ! L’enquête menée par les quatre enfant est captivante. Toutefois, j’ai trouvé la mise en page un peu vide; les cases sont souvent dénuées de contexte arrière. Parmi le joyeux quatuor se trouve une fille noire présente dès le début du récit. Elle est intelligente, fréquente régulièrement les musées avec son père, trouve des solutions aux problèmes. Son humour est un peu décalé; cela m’a beaucoup plu !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Davide Cali & Yannick Robert
Maison d’édition: abc Melody Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782368360842
Public cible: 10 ans et plus

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Moi Dieu Merci qui vis ici

moi dieu merci qui vis iciL’histoire vraie de Dieu Merci, qui a fui son pays, l’Angola, pour la France. Les douleurs de l’exil, mais aussi l’espoir sont évoqués avec justesse et respect, avec des mots et des images vraies et pudiques. Cet album est empreint d’une force poétique (et politique), qui affirme, de superbe manière, le droit pour chacun de vivre, ici ou ailleurs en paix et sereinement.

Je suis né là-bas. Un jour, j’ai dû fuir. Aujourd’hui, je suis ici, en vie.

Voilà un livre poignant qui a beaucoup à offrir. D’abord, un texte fort, un récit intimiste narré par un homme ayant fui son pays et qui confie au lecteur ses aspirations, ses craintes, les obstacles qu’il a dû surmonter, ses inquiétudes et ses espoirs. Il offre un regard lucide sur les éléments politiques, sociaux et historique qui ont miné son pays, l’Angola:

Depuis des années, sur la terre de mes aînés, des Angolais tuaient des Angolais mouraient. Les autres pays regardaient et semblaient dire: tant pis. Pourtant c’étaient eux qui, il y a longtemps, avaient allumé l’incendie. Et moi, Dieu Merci, j’ai grandi sur cette terre, par eux meurtrie.

moi dieu merci qui vis ici 2

Le livre s’adresse au 6 à 9 ans selon l’éditeur, mais je le suggérerais plutôt aux 8 à 12 ans. C’est un livre particulièrement adapté à une exploitation en classe puisqu’il permet aux jeunes lecteurs de développer leur esprit critique et de s’interroger sur leur propre privilège. Questionnez-les sur l’immigration, sur le statut de réfugié, sur leur sentiment d’être « chez soi », sur les impacts contemporains de la colonisation. Les illustrations sont riches, et soutiennent à merveille le texte de Lenain, connu pour aborder dans ses livres des sujets graves ou difficiles avec sobriété et légèreté. Fameux.

Coup de cœur!

Auteur(s) / illustrateur(s) : Thierry Lenain & Olivier Balez
Maison d’éditionAlbin Michel Jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 2008
ISBN: 9782226324610
Public cible: 8 à 12 ans
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Cassandra prend son envol

cassandra prend son envolCassandra a un don. Elle peut communiquer par la pensée avec les animaux, c’est la communication intuitive. Alors que sa mère est sur le point de se remarier et qu’elle ne s’entend pas vraiment avec sa future demi-sœur Juliette, Cassandra apprend que sa meilleure amie Sophie, va partir vivre en Angleterre, nouvelle qu’elle supporte mal, se sentant abandonnée. Elle décide en parallèle de ses problèmes personnels, de mettre son don à profit, accompagnée par sa chienne Miss Dolly, en aidant Dimitri, un petit garçon de 5 ans à retrouver son chat disparu.

Cette bande dessinée du quotidien raconte une histoire intéressante et originale, mais ponctuée de coupures maladroites au niveau du récit. Les scènes changent un beau milieu d’une page sans indication aucune. Le texte est bien écrit et les illustrations douces aux couleurs pastel s’harmonisent bien aux personnages joufflus à la bouille sympathique. Par contre, le manque de dialogue m’a un peu ennuyé. En effet, on aurait dit que Cassandra parle tout seule car il y a rarement un interlocuteur avec elle. J’ai trouvé ça un peu étrange.

Le personnage principal, Cassandra, est noire ou métisse et sa mère est blanche. On ne connaît pas son père et on ignore si elle est adoptée. Il faudra lire le deuxième tome pour en savoir plus. J’ai adoré le fait que Cassandra soit une adolescente ordinaire de 14 ans ayant la capacité de parler aux animaux. Elle ne fait pas pitié, n’est pas exotique ou une bête curieuse, comme c’est souvent le cas lorsqu’il y a la présence d’un personnage noir en littérature jeunesse. Cassandra a une vie de famille à laquelle bien des lecteurs pourront s’identifier. Elle prend confiance en elle tout au long du récit et gagne en maturité. J’ai hâte de découvrir la suite de ses aventures !

À la fin du livre, on retrouvera le « carnet secret de Miss Dolly », incluant un recette de biscuits pour chiens, un journal intime et de l’information sur comment décypter le comportement de son chien de compagnie. Sympathique !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Hélène Canac & Isabelle Bottier.
Maison d’édition: Miss Jungle Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782822221337
Public cible: 11 ans et plus
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Tous à l’eau !

tous-a-leauAujourd’hui, Oscar et Salomé vont à la piscine avec leur classe. C’est une première pour Axel! La maître-nageuse propose même de faire un parcours dans l’eau… Les enfants vont bien s’amuser !

J’ai lu ce livre à un groupe atypique: deux enfants de 2 ans et demi, un enfant de 3 ans, un enfant de 6 ans. Même s’ils ne sont pas tous au même niveau de développement, chacun y a trouvé sont compte. Les plus jeunes ont compris l’histoire et ont surtout été interpellés par le respect des consignes et l’expression des visages des personnages. La plus vieille a été intéressée par la continuité de l’histoire et a aimé les jeux à fin livre. Présence d’un personnage noir secondaire (la prochaine fois, on vise le personnage principal!). Le texte s’adresse à un public bon lecteur: les phrases sont longues, nombreuses par page, et il y a du dialogue.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Clémence Masteau & Caroline Modeste
Maison d’édition: Auzou Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782733839553
Public cible: Lecture à voix haute à partir de 2 ans. Lecture seule dès 6 ans.
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Pense aux jours heureux

pense aux jours heureuxPense aux jours heureux… Ludovic se répète les paroles de cette belle chanson pour se consoler. Il pense à Fatouma, aux jours heureux quand ils étaient assis côte à côte à l’école et que tous les enfants parlaient d’eux en disant « Oh, les amoureux… ». Ils aimaient être ensemble, jusqu’à ce que tout bascule…

Mon avis

Ce petit roman de 64 pages raconte l’amitié entre un garçon et une fille de CM1. Ludovic aime beaucoup Fatouma, peut-être même plus que comme une amie, et Fatoume l’apprécie aussi beaucoup. Les chapitres, très courts, laissent peu de place au développement des personnages. Le récit se déroule sur une longue période – presque qu’un an – et tout se passe très vite. Fatouma vient du Sénégal et son origine ethnique est centrale au récit, alors que celle de Ludovic est tue. Le personnage de Ludovic est donc présenté comme allant de soi et comme étant universel, alors que le personnage de Fatouma est présentée comme s’il constituait une variation qui doit être justifiée. Or, la mention du pays d’origine de cette dernière – le Sénégal – et les illustrations montrent bien que Ludovic est blanc alors que Fatouma est noire. Ainsi, « L’Autre » est encore une fois un personnage noir, d’autant plus que ce personnage est réduit à son origine ethnique. Dommage. En somme, l’histoire est intéressante, mais manque de consistance. Extrait:

Je connais Fatouma depuis le CE1. Je ne l’ai pas aimée tout de suite. JE ne l’ai pas remarquée, au début. Dans notre école, des enfants noirs comme elle, il y en a d’autres, mais ce n’est pas la question. Je ne lui ai pas prêté attention parce que c’Est une fille timide. Pas exactement timide: discrète, plutôt. La différence? Une fille timide, on remarque sa timidité. Une fille discrète, on ne remarque rien, elle se laisse oublier. Les filles timides finissent par devenir pénible, elles font des manières, et on n’a plus envie de leur parler, alors que les filles discrètes, il y a comme un mystère en elles, qui donne envie de mieux les connaître. (p.11-12)

Auteur(s) / illustrateur(s) : Guy Jimenes
Maison d’édition: Oskar poche
Année de publication: 2011
ISBN: 9782350006727
Public cible: 7 à 11 ans.
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