My life matters

my life matters

Marvin et Tyler Johnson sont des jumeaux noirs américains de 17 ans. Tyler se rend à une fête organisée par un gang et Marvin l’accompagne pour veiller sur lui. Une descente de police soudaine durant la fête sépare les deux frères. Au matin, Marvin apprend la mort de Tyler mais une vidéo sur Internet montre qu’il a été abattu par la police alors qu’il rentrait chez lui. Premier roman.

Avant même de donner mon appréciation de ce roman, il faut absolument que je dise que son titre m’a beaucoup agacé. Le roman original a été publié sous le titre « Tyler Johnson was here » : il me semble qu’il s’agit d’un titre beaucoup plus approprié qu’on aurait pu simplement traduire par « Tyler Johnson était ici ». Pourquoi donc se casser la tête ? J’imagine que l’éditeur voulait faire un clin d’oeil au mouvement Black Lives Matter dont il est question dans le roman. Le résultat se révèle assez maladroit puisque « My life matters » (et ses variations telles que « All Lives Matter » ou « White Lives Matter ») est une phrase souvent répétée et un hashtag utilisé par des personnes blanches pour décrédibiliser le mouvement ou pour souligner qu’ils ne « voient pas la couleur », une manière insidieuse de nier les inégalités raciales. Après tout, on ne peut pas régler un problème (i.e. le racisme) si on décide de ne pas reconnaître son existence. De plus, une personne noire utiliserait simplement « Black Lives Matter », même pour parler de sa propre existence, et non « My Life Matters » puisqu’elle se sent naturellement comme faisant partie d’un mouvement plus large qui touche des personnes partageant le même héritage qu’elle. D’ailleurs, le titre français m’a agacé au point qu’il est la raison première pour laquelle ce roman a attiré mon attention sur l’étagère de ma bibliothèque municipale. Niveau marketing, l’éditeur a plutôt bien fait ! 🤷🏿

 

my life matters tyler johnson was here
Version originale américaine du roman de Jay Coles.

 

Voilà, c’est dit. Il fallait que ça sorte. Bon, après, j’ai bien aimé ce roman ! Qui de mieux pour raconter l’histoire d’un jeune américain noir qu’un jeune américain noir ? En effet, l’auteur Jay Coles a écrit ce roman avant d’atteindre l’âge de 25 ans. Les personnages parlent et se racontent d’une manière toute naturelle. #OwnVoices. Je me suis beaucoup attachée à Marvin et à son histoire. Son désir de réussite, de vivre une vie normale et sa capacité à faire face aux difficultés m’ont beaucoup touchée. J’ai ressenti toute sa frustration face au racisme ordinaire, aux micro-agressions et aux inégalités raciales. Je n’ai pas lu énormément de romans pour ados ayant un personnage principal baptiste, noir et geek. De plus, les meilleurs amis de Marvin sont une métisse ouvertement lesbienne et un latino originaire de la Colombie, ce qui n’est pas sans ajouter un mirroir intéressant pour les personnes racisées et issues de la diversité sexuelle qui elles aussi peinent à trouver des livres qui leur offrent une représentation positive d’elles-mêmes. Bravo !

Au ton de sa voix, je sais déjà de quoi il s’agit. Pas de roses et des choux-fleurs, non. Ce soir, on aura droit au sermon, LE sermon. Celui qu’on a déjà entendu si souvent mais jamais assez. Le sermon que toutes les mères et les pères noirs dispensent à leur progéniture au moins une fois par mois. Le sermon « tu-vis-dans-un-monde-de-Blancs-alors-sois-prudent ». Mama le veut encore plus après ce qui s’est passé hier soir. (p.29)

Dans le roman, on retrouve plusieurs allusions à la culture noire américaine comme le rappeur Tupac, l’autrice Toni Morrison et l’auteur Langston Hughes. J’aurais aimé une traduction canadienne car la traductrice de chez Hachette a opté pour un langage familier que j’imagine parisien, qui parfois clashait avec le contexte américain lorsqu’il était trop appuyé. Un « mec » ou « barge », ça passe, mais les « relou » et « ouf » m’ont fait décrocher à quelques reprises. L’histoire se lit sans difficultés, et m’a fait vivre toute une gamme d’émotions : la colère face à l’assassinat par des policiers de gamins noirs pour avoir « joué de la musique trop fort et perturbé la tranquilité » (p.91), l’exaspération face à l’absence du père condamné pour un crime qu’il n’a pas commis, la tristesse à la suite de la disparition de Tyler, la douleur d’une mère monoparentale ayant perdu un de ses fils, l’espoir lorsque Marvin sera enfin accepté à l’université de son choix. Même si l’histoire n’est pas très originale (il existe plusieurs romans sur la brutalité policière envers les afro-américains sur le marché qui suivent la même trame narrative), et que j’avais une vague impression de déjà-lu en lisant ce roman, j’ai tout de même bien apprécié ma lecture!

Y a aussi tellement de #AllLivesMatter débiles que ça me fout la tremblote. Tous ces gens qui ignorent que les Noirs n’ont jamais été inclus dans le All. All-American veut dire Blanc. All-inclusive veut dire Blanc. All lives veut dire vies de Blancs. Du pipeau tout ça. Les Blancs ne se soucient que d’eux-mêmes, ça me rend dingue qu’ils camouflent leur haine derrière ces posts. (…) Le venin anonyme des réseaux sociaux. (p.147).

Jay Coles est un auteur américain.

Jay Coles

 

Pour vous procurer ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:
My life matters
Auteur(s)
: Jay Coles Bouton acheter petit
Édition: Hachette, 2018
ISBN: 9782016270158
Prix: 22,95$
À partir de 13 ans

 

Ce livre vous a plus ?
Vous aimerez peut-être La Haine Qu’on Donne, un roman sur la brutalité policière et le mouvement Black Life Matters. Frères, un roman pour ados dont les deux personnages principaux sont des jumeaux passionnés de basketball, pourrait aussi vous plaire.

La haine qu'on donne         Frères Kwame Alexander

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Le petit garçon qui venait de la Jamaïque

Petit garçon qui venait de la Jamaïque

Crois-tu qu’une personne comme toi pourrait marquer l’histoire? N’en doute pas. Lis ce récit et tu découvriras comment Devon, un petit garçon qui venait de la Jamaïque, est entré dans l’histoire du Canada. Tu verras que tout est possible et que les rêves peuvent se réaliser.

L’histoire d’une personne ayant surmonté des difficultés pour atteindre l’impossible est une source d’inspiration sans pareille, surtout quand il s’agit d’un enfant. Il n’y a pas de meilleur exemple que celui de Devon Clunis, Jamaïcain élevé à la campagne sans électricité ou eau courante, pourtant devenu le premier chef de police noir du Canada. Cet album raconte une page de l’histoire de mon pays, le Canada. En ce moment au Québec, on parle beaucoup du racisme systémique et de la manière dont les élèves noirs sont défavorisés par rapport aux élèves blancs dans une même classe. En prologue à cet album, on retrouve une dédicace aux « éducateurs qui ont aidé le petit garçcon de la Jamaïque à s’épanouir », notamment Mme Ruby Hanna, enseignante de l’école primaire de Devon, et M. Bill Wedlake, M. Brian Burdy et M. Dennis Pelisek, qui ont enseigné à Devon à l’école secondaire. On les remercie d’avoir donné leur temps et énergie à façonner la vie de nombreux jeunes. J’ai été touchée par cette dédicace car les enseignants ont un rôle très important à jouer dans la vie des enfants et on ne les remercie pas assez. Il me semble que cette reconnaissance est bien méritée ! Malgré les problématiques entourant le racisme systémique dans les écoles, je pense qu’il est important de souligner le travail de ceux et celles qui enseignent avec passion et qui donnent des ailes aux Canadiens de demain, peu importe leur origine.

Les illustrations d’Émily Campbelle sont adorables et tout en douceur. J’ai aussi beaucoup aimé les photos du véritable Devon Clunis qui rendent son histoire encore plus concrète. On retient de ce livre que chaque enfant a des rêves qui peuvent se réaliser et que beaucoup de personnes sont prêtes à les aider à y parvenir. À la fin du livre, il y a une courte biographie de Devon Cunis dans laquelle on peut lire ceci:

Devon a saisi très tôt son identité d’immigrant noir vivant dans une terre de promesses. Dès le plus jeune âge, il a décidé qu’il voulait exercer un travail lui permetttant de servir de modèle aux enfants issus de minorités qui devaient relever des défis semblables à ceux qu’il avait rencontrés: intégration culturelle, inégalités sociales et rareté des possibilités offertes dans la culture populaire. Ce désir l’a amené à s’engager sans tarder sur la voie d’une carrière dans la police. Il s’agissait d’un choix remarquable, car cette profession n’était normalement pas considérée comme accessible aux personnes de couleur.

Le parcours de Devon est très inspirant. Il parle de sa terre natale, la Jamaïque, de manière positive malgré les difficultés liées au manque d’électricité et de système d’aqueduc. Tout au long du texte, il questionne le jeune lecteur et l’amène à faire des liens entre sa propre expérience et celle de Devon. Par exemple, lorsque Devon parle de son immigration à Winnipeg, il demande au lecteur si lui aussi a déjà déménagé et ce qu’il a ressenti en vivant cette expérience. Ainsi, ce livre s’utilise facilement en animation ou en contexte scolaire (pourquoi pas durant les Journées de la Persévérance Scolaire?). Franchement, cet album est un petit bijou qui faut mettre entre toutes les petites mains, dans les écoles, dans les bibliothèques, dans les chambres d’enfants. Je suis tellement enthousiaste face à cet album !! Vous devez absolument le lire !

Coup de coeur !

Devon Clunis est Canadien. Il a été le chef du Service de police de Winnipeg de 2012 jusqu’à sa retraite en 2016. Il a été le premier Canadien noir à être nommé chef de police au Canada.

Devon Clunis

Auteur(s) / illustrateur(s) : Devon Clunis, Pearlene Clunis & Emily Campbell
Maison d’édition: Éditions des Plaines

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Année de publication: 2019
ISBN: 9782896117864
Public cible: 6 à 11 ans
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Ma cabane du bout du monde

Ma cabane du bout du monde agrumePas facile de choisir où et comment construire la cabane de ses rêves, dans laquelle il fera bon habiter… Avant de commencer son projet, Lucile décide de partir chercher des idées autour du monde. C’est ainsi qu’elle rencontre Erik qui vit bien au chaud dans sa cabane de bois dans une fôret de Suède, Ana et son perroquet, hauts perchés dans leur cabane nichée à la cime d’un arbre au Costa Rica, Antonio et sa cabane sur l’eau, Victor et sa cabane de pierre sur les hautes montagnes, l’igloo de Sakari, la petite isba d’Aliocha, la yourte de Gantulga… Riche de toutes ses découvertes, Lucile sait maintenant ce qu’il y aura dans sa cabane : une corde pour y monter, un téléscope, un coffre à trésor, une cheminée, un passage secret, un atlas, une guitare et beaucoup de place pour les amis…

On se régale des illustrations dxe Sarah Loulendo riches en détails et lumineuses. Le personnage principal, une petite fille noire aux cheveux crépus, aurait pu être éclipsée par le catalogue de maisons du monde qu’elle visite. Au contraire, nous savons qu’elle s’appelle Lucie et au fur et à mesure que notre lecture avance, on se rend compte qu’on n’aurait voulu faire cette tournée des cabanes du monde avec personne d’autre qu’avec elle. Chaque double page révèle un paysage magnifique qu’on ne se tanne jamais d’admirer. J’ai adoré la musicalité du texte, qui décrit bien chaque maison en peu de mots. J’ai adoré !

Coup de cœur !

Sarah Loulendo est une illustratrice française. 

Sarah Loulendo

Auteur(s) / illustrateur(s) : Emmanuelle Mardesson & Sarah Loulendo
Maison d’édition: L’AgrumeBouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9791090743915
Public cible: À partir de 5 ans
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Belle maison Sarbacane Brunet

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Risette et rigolade

risette et rigoladeCollection des histoires de Mona, une singulière marmotte affublée de lunettes porte-crayons qui, sous l’effet de plantes magiques cueillies dans le « jardin des alphines » trouve son inspiration pour écrire contes et comptines. Des textes à saveur didactique et aux accents psychédéliques sur le thème des lettres de l’alphabet. Dans ce numéro: la lettre « R ». Irma Brindamour reçoit son amie Mérilise, qui découvre la cabane à suce et les concours de grimaces!

Publié en  2002, ce tout petit livre date déjà un peu. Les illustrations très vintage m’ont rappelé les livres que je lisais enfant ! Dans cette histoire, on retrouve Mérilise, une fille noire qui semble être de passage dans la ville où se déroule l’histoire. On ignore si elle vient d’un autre pays ou si elle vient tout simplement de la métropole québécoise (car oui, aller à la cabane à sucre peut être tout un dépaysement pour les montréalais!) Extrêmement jolie, Mérilise porte une magnifique coiffure sur ses cheveux crépus. Elle est drôle et de bonne compagnie. Les autres personnages l’aime bien ! Bien qu’il soit possible de lire ce livre sans avoir lu les précédents, quelques informations nous échappe quand même si nous n’avons pas lu les numéros 1 à 14 de la série. Les enfants de 7 ans pourront lire ce livre seul. On retrouve en fin de livre un glossaire des mots difficile ou typiquement québécois et une comptine qui plaira aux plus jeunes de 4-5 ans.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Céline Côté
Maison d’édition: Éditions De Mortagne
Année de publication: 2002
ISBN: 9782922762310
Lectorat cible: 4 à 8 ans

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Mortelle Adèle : Funky Moumoute !

Mortelle Adèle Funky Moumoute« Chouette, on part en vacances ! Et pas n’importe où, on décolle pour le Canada ! Je vais rencontrer ma cousine Charlie, elle est trop tiguidou ! Il paraît même que je suis écoeuraaante et que là-bas c’est un compliment ! J’y comprends rien, mais je sens que ça va être Mortel ! » Adèle et ses parents partent au Québec pour des vacances d’hiver funky moumoute ! Adèle est en bonne compagnie avec sa cousine Charlie et son lapin Jaja, véritable sosie d’Ajax ! Au programme, balades en pleine nature, dressage d’écureuils, malentendus et bêtises en tout genre dans le grand froid canadien !

Quand j’ai commencé à lire la série il y a quelques années, j’ai tellement ri que j’en avais les larmes aux yeux. Mortelle Adèle, très populaire en ce moment auprès des jeunes qui fréquentent ma bibliothèque, me demande tous les jours s’il y a un tome de la série qui est disponible pour le prêt. Il va sans dire qu’ils sont souvent empruntés ! J’aime le ton irrévérencieux de ces livres et les gags, toujours en une ou deux pages, sont efficaces. Cela dit, rendu au quinzième tome, comme c’est le cas ici avec « Funky moumoute », le tout devient assez répétitif: les mêmes personnages assez unidimensionnels se cotoient toujours de la même manière, et le piquant des premiers tomes a perdu son effet. Je n’ai donc pas lu ce livre en riant aux éclats, mais plutôt avec un sourire en coin parfois et une vague impression de déjà-lu.

Dans ce tome des aventures des aventures de Mortelle Adèle, la fillette se rend au Québec avec ses parents pour aller visiter une cousine qui s’est mariée avec un homme noir et qui a eu une enfant, Charlie. Rassurez-vous, Charlie ne sera pas la cible des moqueries habitelles et du ton condescendant d’Adèle. Au contraire, les deux filles s’entendront à merveille ! À aucun moment l’origine ethnique de Charlie ou de son père n’est remise en question dans le récit. C’est plutôt le fait qu’ils soient québécois qui donne lieu à des situations cocasses, comme lorsque le papa mentionne qu’il vont utiliser le « char » pour aller quelque part, et Adèle, adepte de domination mondiale, s’imagine un char d’assaut alors qu’il s’agit en réalité que d’une simple voiture. Les auteurs ont eu le bon goût de ne pas se moquer de l’accent québécois, mais simplement de souligner les expressions québécoises qui ne sont pas toujours comprises par nos cousins français. Et au passage, quelques clichés canadiens ici et là, mais rien d’offensant.

Bref, les amateurs de la série Mortelle Adèle adoreront. Ceux qui ne la connaissent pas pourront tout aussi bien la découvrir avec « Funky moumoute » puisque les tomes peuvent se lire dans le désordre.

 

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Diane Le Feyer & Mr Tan
Maison d’édition: TourbillonBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9791027606023
Public cible: À partir de 9 ans

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Entre ici et là-bas

Entre ici et là-bas Michèle MatteauPas facile d’être le bourgeon d’un arbre déraciné… C’est ce que pense et vit Ganaëlle, dix-sept ans. Émigrée d’Afrique subsaharienne et au pays depuis bientôt trois ans, elle tente de devenir une Canadienne à part entière, mais se heurte à l’attitude négative de ses parents. Des parents qui ne lui semblent plus les mêmes depuis que la famille s’est réfugiée à Ottawa. Sa mère, surtout, a changé. De femme autonome, aimante et pleine d’humour, elle est devenue dépendante, renfermée et la colère qui la ronge la porte parfois jusqu’à la violence. Ganaëlle n’a personne à qui se confier. Elle se sent terriblement seule. C’est sur les pages lignées de cahiers d’école qu’elle raconte son désarroi, sa rage et la solitude qui la tenaille.

J’ai énormément aimé ce roman. La plume de Michèle Matteau m’a complètement plongé dans la peau du personnage de Ganaëlle, une adolescente arrivée au Canada depuis trois ans et qui cherche toujours à s’intégrer. Son style d’écriture est efficace, réaliste et empreint d’un respect pour le vécu des personnes immigrantes dont elle raconte l’histoire. L’auteure étant blanche et n’ayant pas vécu un tel parcours migratoire (on ne peut comparer une immigration interprovinciale à une immigration internationale), le risque était de s’approprier ces récits qui ne sont pas les siens. Une petite recherche m’indique que l’auteure a pris soin de rencontrer des personnes immigrantes et a longuement travaillé avec elles. Elle mentionne d’ailleurs dans ses remerciements qu’auprès d’elles, « [elle] a pris conscience des profondes difficultées d’une intégration réussie à un pays d’adoption et [elle] a pu constater le courage, la détermination et la résilience que cela exige. » (p.159) Les thèmes de l’immigration sont rarement exploités en littérature jeunesse avec autant de doigté et de profondeur dans les récits de fiction. Franchement, chapeau !

Michèle Matteau a choisi de ne pas identifier le pays duquel Ganaëlle provient, par souci de pérennité de son histoire. J’ai aimé cette approche. L’histoire de Ganaëlle aurait aussi bien pu être la mienne ou celle de gens de mon entourage. De plus, le fait que l’histoire soit racontée par une adolescente à un moment charnière de sa vie rend le récit encore plus fort. L’adolescence vient avec une série de questionnements, mais aussi la sensation de pouvoir tout faire, tout accomplir. Malgré toutes les difficultés rencontrées, Ganaëlle a la vie devant elle et l’histoire porte en elle ce souffle d’espoir. Je recommande vivement ce roman ! Contexte canadien.

Je remercie les éditions David de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Michèle Matteau
Maison d’édition: Éditions David Bouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782895977117
Public cible: Ados
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Pars, cours ! Bernadette

Pars Cours BernadetteEn juin, j’irai au bal des finissants avec Lenny. C’est décidé ! Rien ni personne ne pourra m’en empêcher, même pas lui ! Pour le séduire, j’ai besoin :
– de noix et de raisins secs;
– de billes;
– de ficelles et de bouts de tissu;
– de ma salive (beurk !);
– de quelques-uns de ses cheveux châtains-trop-parfaits-qui-sentent-si-bon !
Pourquoi ? Pour faire de la magie vaudou. C’est ma grand-mère qui me l’enseigne ! Le vaudou, c’est la sorcellerie LA PLUS PUISSANTE du monde. À moi le beau Lenny! Et adieu, les mauvais coups d’Alexis! Rien ne m’arrêtera! (Même s’il faut que je me promène avec une crotte de chien dans mon sac d’école.)

Bernadette est le sixième livre paru dans la série Pars, cours !, des romans pour enfants écrits en gros caractères peuvent être lus dans n’importe quel ordre. Ce roman a maintenu mon intérêt jusqu’à la toute fin et j’ai trouvé que Bernadette était très attachante. Québécoise d’origine haïtienne, elle est très attachée à la culture de ses parents et entretient avec sa grand-mère qui vit à Port-au-Prince un lien étroit. Toutes deux sont très proches malgré la distance qui les séparent et Bernadette n’hésite jamais à lui demander conseil. Elle porte ses cheveux tressés qu’elle adore ornementer de perles multicolores. À 11 ans, Bernadette est amoureuse de Lenny, un garçon blanc de sa classe qui n’est pas très populaire. Elle est intéressée par son intelligence et son honnêteté; elle se fiche bien qu’il soit un souffre-douleur plutôt mauvais en sport !

Bref, Bernadette est une fille drôle, débrouillarde et gentille. Elle se passionne pour le tricot et admire l’athlète haïtien Sylvio Cator. Elle ne se comporte pas en victime et n’est pas non plus la cible de racisme dans le récit. Au contraire, ses camarades de classe la perçoivent comme l’une des leurs, par exemple, lorsqu’elle mentionne à son enseignante qu’elle veut faire son projet scolaire sur un pont qu’elle a vu « dans son pays », un garçon lui dit « Bernadette, tu n’es même pas haïtienne. T’es née au Québec! » (p.139). Malgré tout, il arrive un moment dans l’histoire où elle se demande si Lenny ne l’aime pas à cause de sa couleur de peau ou de ses cheveux frisés (p.282). La jeune fille se montre très intéressée par le vaudou, qu’elle espère utiliser pour faire un charme d’amour pour Lenny. Son enseignante lui expliquera alors que l’amour ne peut pas être provoqué. La grand-mère de Bernadette lui parle souvent de cette religion, qu’elle décrit comme « l’art de la grande sorcellerie » (p. 15). Elle lui parle des offrandes, des esprits (par exemple: papa Legba, Ogoun Zobla, etc.) et des croyances vaudous (par exemple le fait qu’il ne peut pas être utilisé pour faire le mal). L’auteure fait preuve d’une sensibilité ethnique et raciale qui personnellement m’a fait du bien en tant que lectrice noire. À un moment, Bernadette mentionne qu’elle arrive difficilement à faire entrer tous ses cheveux dans son bonnet de bain (p.93) et cela m’a fait sourire car c’est une situation très courante chez les personnes ayant les cheveux crépus ou très frisés. Aussi, pour rendre compte du sentiment amoureux et de la gêne de Bernadette face à Lenny qui lui plait beaucoup, l’auteure a choisi d’écrire de manière non hégémonique « mes joues brûlent » (p.188) plutôt que de mettre l’accent sur la couleur des joues. Chapeau !

Le texte et la mise en page est très dynamique: certains mots ont une typographie variée pour mettre l’accent sur certains mots. Les illustrations sont réussies et j’ai adoré les retrouver ici et là dans le livre. L’auteure Nadine Poirier a également écrit Lenny, dans la même série, et j’ai franchement envie de le lire ! Fortement recommandé !

Je remercie les éditions de Mortagne de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Nadine Poirier
Maison d’éditionÉditions de MortagneBouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782897920005
Public cible: 10 à 12 ans.

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