Fourchon

fourchonSa maman est une cuillère. Son papa est une fourchette. Lui, il est un peu des deux. Voici Fourchon ! Il a beau tenter de passer pour une cuillère, puis pour une fourchette, Fourchon n’est jamais choisi lorsque vient le temps de se mettre à table…

Publié dans la collection « Pamplemousse » aux éditions La Pastèque, cet album de Kyo Maclear et Isabelle Arsenault se démarque par son originalité. Il traite de la différence, quelle qu’elle soit, et chaque lecteur pourrait y voir quelque chose de différent. C’est d’ailleurs ce qui m’a plu dans ce livre car j’y vois une analogie avec la mixité raciale. Une maman cuillère et un papa couteau, c’est un peu comme une maman noire et un papa blanc ou vice-versa; c’est pareil et différent à la fois. Fourchon, quant à lui, a hérité des caractéristiques physiques de ses deux géniteurs: la rondeur de sa mère et les pointes de son père. Les enfants métisses pourront s’y identifier facilement.

L’album traite aussi du sentiment d’appartenance et du rejet. Fourchon est bien embêté de n’être pas « une seule chose » et les autres ustensiles le lui font bien sentir. Autrement dit, il détonne, comme les enfants noirs grandissant dans des environnements où il n’y a que des blancs, ou comme les personnes chrétiennes qui vivent dans des pays à majorité musulmane, ou comme des hispanophones discutant dans un café où la clientèle est presque exclusivement francophone… Bref, tous ces moments où certaines personnes ne sont pas tout à fait comme les autres. Malheureux, Fourchon se dit qu’il faut choisir: soit être une cuillère, soit être une fourchette, mais pas les deux en même temps. Il fera preuve d’inventivité en portant un chapeau melon pour se donner un air de cuillère, mais les fourchettes le jugent trop rond. Il tentera alors de porter une couronne de papier pour avoir l’air d’une fourchette, mais les cuillères le jugèrent trop pointu. À la lecture de ce passage, on peut se demander pourquoi Fourchon n’a pas choisi de porter le chapeau melon auprès des cuillères et la couronne de papier auprès des fourchettes. Je pense que là n’est pas vraiment la question; être accepté au sein d’un groupe parce qu’on porte un masque n’est pas ce que veut Fourchon. Il veut plutôt être accepté tel qu’il est. Ce passage démontre tout de même comment le rejet s’articule dans la société: être trop noir(e) pour les blancs ou trop blanc(he) pour les noirs, cela c’est bien sûr déjà vu, encore aujourd’hui ! La solution que propose les auteures n’est pas de trouver un groupe d’ustensiles qui ressemblent à Fourchon (car des instruments de cuisine qui ne ressemblent ni à cuillère, ni à des fourchettes, bien sûr qu’il y en a: les couteaux, les baguettes chinoises, le presse-ail, le rouleau à pâtisserie, la théière, le malaxeur, les verres à vins, etc.) Fourchon finira plutôt par trouver sa place dans la cuisine (c’est-à-dire le monde) en réalisant que parfois, on a besoin justement de quelque chose d’un peu plus rond qu’une cuillère, mais d’une peu plus pointu qu’une cuillère…

Les illustrations d’Isabelle Arsenault sont très belles, mais les couleurs choisies sont un peu fades et n’ont pas plu aux enfants à qui j’ai lu ce livre. Aussi, les pages 17-18 où l’on voit une éclaboussure de ce qu’on devine être de la sauce tomate accompagnée de fruits coupés et d’une moitié de poisson ont suscité des réactions négatives auprès d’eux: dégoût, peur, incompréhension. Les plus jeunes ont décroché à partir de ce moment-là, ne comprenant pas que « la chose malpropre » était un bébé, et encore moins pourquoi on le qualifiait de « chose » comme si c’était un objet. Les pages suivantes où la panique s’installe auprès des ustensiles tâchées de sauce rouge évoquent une scène de guerre ensanglantée. Ensuite, la scène où l’on aperçoit l’ombre de « la chose malpropre » effraie, certains enfants ont même pensé que Fourchon était en grave danger et ne comprenaient pas pourquoi il souriait à la fin. La morale de l’histoire est que Fourchon est en réalité parfait tel qu’il est. Bref, la force de l’album est un peu perdue dans la deuxième moitié un peu violente où les illustrations ne parvient pas à toucher le lectorat cible: les enfants.

Bref, aucun personnage noir n’est présent dans cet album jeunesse, même si un deuxième ou troisième niveau de lecture permet d’y voir des personnes métissées. À la toute fin, on découvre que la chose « malpropre » est un bébé blanc. Voilà donc un album au sujet intéressant et traité d’une manière intelligente et inventive, mais dont les illustrations, bien que magnifiques, semblent déplaire à certains enfants.

* Prix jeunesse des libraires du Québec

fourchon 2

Auteur(s) / illustrateur(s) : Kyo Maclear & Isabelle Arsenault
Maison d’édition: La pastèque éditeur Bouton acheter petit
Année de publication: 2011
ISBN: 9782923841038
Public cible: 4 à 6 ans
Vous aimerez peut-être: Vous êtes à la recherche d’albums parlant de la différence avec des personnes non humains ? Essayez donc À la ferme… Le mouton un peu différent.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s